‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 113 sur 310 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Conséquences de la mort de François II. — Jeûne ot prières publiques dans les Églises réformées de la Guyenne. — Ordonnance du parlement de Bordeaux (13 décembre 1560). — Ouverture des États généraux. — Aveux de l'avocat bordelais Jehan de Lange, relativement aux vices du clergé. — Cahiers du tiers-état de Guyenne. — Aspirations populaires à cette époque. — Tranquillité momentanée de Bordeaux. — Les jurats arment une partio de la population bordelaise. — Réunions religieuses avec ou sans armes, en Agenais, en Périgord, en Saintonge et en Condomois. — Lettre du Parlement à la reine-mère pour l'exciter contre les huguenots (18 janvier 1 ôtil). — Ordre à M. de Burie de se rendre en Agenais. — Assemblées calvinistes en armes à Monclar et à Sainte-Livrade (17 janvier). — Arrivée de M. de Burie à Marmande — Le capitaine Monluc vient l'y rejoindre. — Les calvinistes de Tonneins, de Grateloup et de Villeton offrent de rendre leurs armes (27 janvier). — Touchante requête îles habitants de Caumont. — Prédications du pasteur La Mothe, à Mézin. — Vie scandaleuse du clergé de cette ville. — Correspondance de Calvin avec le ministre La Mothe. — Certificat d'obéissance et de dévouement au roi de France des calvinistes de Monflanquin (31 janvier).

La mort de François II, survenue le 5 décembre 1560, sauvait les réformés de France du plus imminent péril.

Au moment où survint cet événement inattendu qui changea la face des choses, le cardinal de Lorraine venait de l'emporter dans les conseils du roi ('), et l'extermination des religionnaires avait été décidée. La formule de foi rédigée par la Sorbonne en 1542 devait leur être présentée, et quiconque eût refusé de la signer allait être exécuté dans les vingt-quatre heures.

Les calvinistes de la Guyenne ne l'ignoraient pas; leur angoisse était telle, que des jours de jeûne solennel avaient été ordonnés dans toutes les Églises. On juge de la joie qui dut éclater à la nouvelle de la délivrance. Pour chacun de ces croyants l'intervention divine était manifeste, l'Éternel venait de sauver son peuple. Aussi des prières d'actions de grâce s'élevèrent de toutes paris vers le Ciel.

(') ISlBLIOTIIÈQL'E IMPÉRIALE DE SAINT-PÉTEKSBOl'IUi, ÏOSS. Lettres inédites dll

cardinal de Lorraine et du duc do Guise.

Était-ce bien la délivrance? A ce roitelet de seize ans qui venait de mourir, si fort à propos pour beaucoup de malheureux dont la vie était menacée, succédait un enfant de dix ans et demi. Catherine de Médicis triomphait; régente de droit, quelle politique allait-elle suivre?

Ce fut le 13 décembre que la lettre de Charles IX parvint au parlement de Bordeaux. Lecture en fut faite, en grande solennité, devant les Chambres assemblées (').

Le jeune prince notifiait aux présidents et aux conseillers son avènement à la couronne, et leur recommandait, ainsi qu'aux jurats, de « faire vivre en paix » la population bordelaise, évitant avec soin les occasions de querelles « pour le faict de la religion » (2), chose plus facile à prescrire qu'à réaliser.

La Cour ordonna des prières publiques; elle décida que deux présidents aux enquêtes et le procureur général se rendraient à Paris pour « faire la révérence au nouveau roi » ; qu'en outre, le conseiller La Boëtie, qui s'y trouvait encore, se joindrait à eux, avec le greffier Pontac (3).

Le jour même où le parlement de Guyenne recevait la lettre de Charles IX, ce prince faisait à Orléans l'ouverture des États généraux. La reine sa mère, sa sœur la princesse Marguerite, le roi de Navarre et la duchesse de Ferrare y assistaient.

Le 19 novembre précédent, quelques gentilshommes du Bordelais s'étaient réunis pour élire un député (*); leur choix s'était porté sur M. de Duras, colonel des légionnaires

(!) Bibliotii. jiunic. de BoRDEArx, Extrait des reg. secrets, ms. 3G7, f° 112. (!) Chronique de Gaufreteau, t. Ier.

(3) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 367, f° 112. La Boëtie avait été chargé par le Parlement d'une mission relative aux gages de la Cour.

(*) J'ai publié dans le tome VIII des Archives historiques de la Gironde, pages 537 et 538, deux actes relatifs à cette assemblée de la noblesse. Voici les noms des seigneurs qui figurent dans cette réunion électorale : Jehan de Montferrand, sieur de Landiras, écuyer; Gaston de Lisle, sieur de La Rivière et de La Bréde; Gaston de la Touche, sieur de la Faye, maire de Bordeaux l'année suivante; Pierre du Bosc, sieur du Canteloup, écuyer; Gaston de Lescours; Arnaud de Gassies; Louis de Dux, sieur de Montignac; François de Pys, sieur de Bisqueytan; Gaston de Vacquey et Jehan de Ségur, sieur de Francs, écuyers.

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