‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 114 sur 310 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

de Guyenne et le futur chef de l'armée calviniste dans le Sud-Ouest.

Aussitôt après l'ouverture des États, les trois ordres se retirèrent dans les églises d'Orléans pour choisir un orateur.

Le clergé porta son choix sur Jehan Quintin, professeur de droit canonique. La nohlesse élut Jacques de Silly, comte de Rochefort. Enfin, le tiers-état nomma l'avocat Jehan de Lange, seigneur de Luxé, hahile fanatique, qui devait jouer à Bordeaux le plus triste rôle.

Le chancelier de Lhôpital ouvrit la séance; dans un discours plein de sagesse, mais qui ne fut pas exempt de l'enflure habituelle à cette époque, il invita les partis à la concorde. Il blâma la persécution, sans cependant approuver les huguenots d'avoir pris les armes, leur rappelant le souvenir des premiers chrétiens dont les seules armes étaient la prière et la patience. « La douceur, dit-il, profitera plus que la rigueur. Ostons ces mots diaboliques, noms de partis, factions et séditions: luthériens, huguenots, papistes; ne changeons le nom de chrétiens »

De Lange prit après lui la parole, au nom du tiers-état. C'était un des meilleurs avocats du barreau bordelais. Il signala dans l'Eglise catholique les trois vices principaux qui lui nuisaient aux yeux du peuple : l'ignorance du clergé, son avarice et son goût pour le luxe.

11 ajouta que la corruption des mœurs avait amené « un tel desdaing de prescher et enseigner », que les curés, prenant exemple sur les évoques et les cardinaux, pensaient qu'il était contre la dignité d'un prélat d'accomplir les devoirs de leur ministère (2).

Certes, il fallait que le mal fût bien grand, particulièrement en Guyenne, pour que cet implacable adversaire des réformés

(l) La Place, Commentaires de l'estat de la religion soubs les rois Henri et François seconds et Charles neufiesme, v. d. lxv.

(*) Idem, ibidem. Le discours do M. de Lange se1 trouve eu partie dans ['Histoire ecclésiastique des Eglises réformées, mais on eu possède le texte complet dont M. Tamizey de Larroque prépare une réimpression pour la Société des Bibliophiles de Guyenne.

se décidât à le constater en public, en l'ace du roi, devant les princes mêmes de l'Eglise.

C'est que l'avocat bordelais, malgré ses sentiments bien connus, qui le portaient plutôt à dissimuler une partie du mal qu'à le dévoiler, songeait au mandat qu'il avait reçu de ce tiers-état, dont il était chargé de transmettre les vœux aux Etats généraux. 11 avait parcouru ces cahiers qu'il avait mission de remettre sur le bureau de l'assemblée, et dont la lecture seule peut donner une idée vraiment exacte des besoins et des aspirations populaires à cette époque.

Veut-on savoir quelles étaient les demandes formulées parle peuple de la Guyenne?

L'Exclusion du clergé des Conseils du lloi. L'égalité devant la loi, avec l'unité dans la justice. Le vote de l'impôt.

L'interdiction de toute guerre offensive, sans l'approbation des États généraux, qui devaient se réunir tous les deux ans.

La vente des biens du clergé, dont les membres devaient être salariés à l'avenir par la Nation.

La liberté de conscience et la liberté du culte.

L'instruction gratuite.

L'assistance judiciaire pour les pauvres.

La suppression des bureaux de la traite foraine, I'entrée des marchandises en toute franchise.

La prohibition des courses continuelles des moines mendiants, hideuse plaie qui apportait le trouble dans les familles, etc., etc. (*).

On croit rêver en lisant ces demandes si légitimes, où sont formulés tous les grands principes de la Révolution française, réclamés encore aujourd'hui par la société moderne. On se demande si, par erreur, on n'aurait pas pris les cahiers de 1789 pour ceux du seizième siècle.

(l) États généraux de Pontoise, cahiers du Tiers- État, par M. Tartière, archiviste des Landes. Mont-de-Marsan, veuve Leclerc, imprimeur, 1862; brochure in-8" de 2i pages.

Page 1