‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 115 sur 310 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Comme le fait, avec juste raison, remarquer M. Tamizey de Larroque, le peuple, en 1789, « ne fut ni plus hardi ni plus intelligent »

Rien ne saurait, à notre avis, démontrer d'une manière plus parfaite la nécessité d'une réforme à la fois politique et religieuse, que ce document d'une importance capitale. Que de flots de sang on eût épargnés, si la France, en 1560, se débarrassant des fatales entraves qui l'asservissaient à Rome, eût accepté le calvinisme comme elle faillit le faire !

Tout dépendait, en effet, de la reine-mère ; la fortune des Guises, si rapide et si haute, l'avait effrayée; avec son astuce ordinaire, elle fit un retour du côté de Condé, qui venait de faire preuve d'une grande noblesse de caractère et d'un très vif sentiment de sa dignité personnelle en refusant de sortir de prison avant qu'on y eût renfermé ses accusateurs. Il céda cependant, et se retira dans une des places fortes appartenant à son frère, où il attendit les événements.

La Florentine semblait pencher de plus en plus vers la Réforme. Jehan de Monluc, évèque de Valence et frère du terrible capitaine, prononçait impunément devant elle des sermons d'une orthodoxie fort singulière. Elle subissait d'ailleurs l'influence du chancelier de Lliôpital, qui lui recommandait la modération et la tolérance.

Cet homme de bien cherchait à se tenir à distance égale des agitateurs de droite ou de gauche. R était le chef des modérés ou des politiques, comme on disait alors. A ce parti, vraiment national, appartenait aussi le premier président au parlement de Rordeaux, M. de Lagebàton, qui, de Paris où il se trouvait encore, ne perdait pas de vue ce qui se passait à Rordeaux, comme le prouve sa correspondance.

Le calme régnait encore dans cette ville, ainsi que dans la sénéchaussée du Rordelais ; cependant, à quelques signes précurseurs de l'orage, un observateur attentif aurait pu,

(!) Revue d"Aquitaine, 131-' année, p. 100 et 101, Variétés bibliographiques, par Philippe Tamizey de Larroque.

sans se montrer grand prophète, prédire une agitation prochaine.

C'est sans doute en prévision de ces événements que les jurats avaient pris la résolution d'armer les bourgeois de Bordeaux. Un certain nombre de « corselets » d'acier avaient été commandés à Pès de Villeneuve et Menault Vincent, qui s'étaient chargés d'en « fournir et pourvoir les manans et habit ans de ceste ville » (').

Le parlement de Guyenne ne s'endormait pas plus que les jurats de Bordeaux. Les nouvelles qu'il recevait du Périgord, de l'Agenais, de la Saintonge et du Bazadais étaient de nature à le tenir en éveil; il crut devoir en informer la reine-mère par la plume du greffier Pontac. Ce dernier recevait directement les inspirations du président Roffignac, et l'on va voir que ces deux fanatiques n'étaient pas pour les demimesures.

Dans une lettre en date du 18 janvier, ils signalent à Catherine de Médicis « la multiplication des schismes et hérésies qui pullulent et augmentent à vue d'œilh, de jour à autre». Ils la pressent d'agir avec promptitude, car le péril est grand; il faut sévir contre les huguenots; sans cela, disent -ils, a nous ne voyons pas comment vous y pourriez par cy-après pourvoir sans grande effuzion de sang de ces pauvres et misérables créatures^). »

La reine- mère n'avait pas attendu ce nouveau stimulant. Elle venait d'envoyer l'ordre à M. de Burie, lieutenantgénéral en l'absence du roi de Navarre, de quitter Bordeaux en toute hâte pour se rendre à Marmande et à Gontaud, avec des troupes en nombre suffisant pour châtier l'obstination des calvinistes.

De graves désordres s'étaient passés dans ces deux villes

(!) Le 18 janvier 1561; ces deux marchands réclamaient déjà le montant de cette fourniture ou tout au moins un règlement de comptes. (Ancii. municipales de Bordeaux, série BB, Registre de la Jurade.)

(s) Biblioth. nationale, mss. Cinq cents Colbert, t. XXVLT, p. 266. Lettre publiée par M. Tamizey de Larroque, daas le tome XIII des Arcii. historiques de la Gironde, p. 147.

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