‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 13 sur 310 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Fondation du Collège de Guyonne (1532-33). — Arrivée de quelques proresseurs déjà gagnés à la Réforme. — Charles de Sainte-Marthe. — André Zébédée. — Affaire des placards ou affiches contre la messe (153 1). — Malliurin Cordier. — Claude Budin. — Arrestation et interrogatoire de Clément Marot à Bordeaux. — Édit de Coucy (153'i). — Letlres d'abolition ou d'amnistie (31 mai 1536). — Vidal de Becanis, inquisiteur général. — Saisie des livres à l'index. — Saturnales et crimes commis dans les églises catholiques. — Premiers symptômes de la Information à Agen. — Philibert Sarrazin, Pierre Dupont, Jehan Bcrncde et Jérôme Vindocin, instituteurs. — Condamnation et supplice de Vindocin. — L'œuvre des enfants. — É<'ole enfantine de Jean Colassus à Bordeaux. — Départ de ce dernier pour Genève. — Lettres adressées par Guillaume Farel et Zébédée à l'école primaire de Bordeaux (septembre 1518).

A côté de l'Université fondée par le pape Eugène IV en 1441, il existait à Bordeaux, depuis cette époque, un collège municipal connu sous le nom de Collège des Arts; mais cette institution, mal soutenue, dépérissait, faute de réunir les éléments nécessaires à sa prospérité. De sorte que les parents mécontents envoyaient leurs fils à Toulouse, à Paris ou à Poitiers, pour y achever leurs études; mais ceux-ci, loin de la surveillance paternelle, travaillaient peu, faisaient de mauvaises connaissances et tournaient mal.

Pour remédier à ces graves inconvénients, les jurats prirent la résolution de se mettre en quête d'un homme sage, érudit, expérimenté, dont les antécédents scolastiques seraient pour eux une garantie, et de le charger de la création à Bordeaux d'une institution fondée sur le modèle des meilleurs collèges de Paris.

A cet effet, ils jetèrent les yeux sur Me Jehan de Tartas, né en Guyenne, qui, chargé depuis huit ans à Paris de la direction du Collège de Lisieux, s'était acquis, par sa prudence et sa fermeté, la réputation d'un excellent administrateur. L'antique Université de Paris, par la plume de son

recteur, écrivit une longue et chaleureuse lettre au Parlement de Guyenne pour lui recommander le nouveau principal (*).

M. de Tartas, accompagné de vingt professeurs de mérite, fit son entrée à Bordeaux le 10 décembre 1532.

Si je me sers de cette expression qui semblera peut-être un peu prétentieuse appliquée à de modestes pédagogues, c'est qu'on ne voyageait alors qu'à cheval, et vous voyez d'ici cette troupe de cavaliers, fort inexpérimentés pour la plupart, chevauchant dans les rues tortueuses de la vieille cité bordelaise, au grand ébahissement des gens du peuple.

L'un des plus éminents parmi ces professeurs était un jeune poète nommé Charles de Sainte- Marthe, qui devait plus tard subir les plus horribles traitements pour la cause de l'Évangile (2).

Arrêtons quelques instants nos regards sur cette intéressante figure.

Il était né à Fontevrault, dans le diocèse de Poitiers, et il appartenait à une excellente famille, illustrée dans les siècles postérieurs par une pléiade de savants, d'écrivains, de poètes. Son père, Gaucher de Sainte-Marthe, était un des médecins de François Ier. Charles de Sainte-Marthe, nommé plus tard professeur royal de langue hébraïque et de langue grecque à l'Université de Poitiers, fut un des premiers évangélisateurs du Poitou (3).

Le jeune poète, après avoir cruellement souffert à cause de ses convictions, eut l'heureuse idée de chercher un refuge auprès de Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, dont il écrivit l'éloge et qui devint sa protectrice

(4) Arch. départementales de la Gironde, série B, Enregistrement des édits royaux, reg. 30 bis, fos 175 et 176 : « Epistola per Universitatem parisiensem hinc Senatu missai), avec cette suscription : « Aequissimo Senatui Burdegalensi. »

Document inédit et fort curieux.

(2) E. Gaullieur, Histoire du Collège de Guyenne, p. 77.

(3) « Et par ces moïens, dit Th. de Bèze, l'ardeur de quelques uns creut tellement que l'an 1537 un jeune homme nommé Saincte-Marthe, l'un des fils du premier médecin du Roy, homme de gaillard esprit, commenta de faire des lectures en théologie, mais pour ce qu'il n'avait point de fond et qu'à la vérité il y avoit en lui plus de légèreté que de vray zèle, il y eut en son faict plus de fumée que de feu. » Histoire ecclésiastique, t. Ier, p. 63,

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