CHAPITRE XVIII
tranchée que par le concile de Trente, dont les séances n'étaient pas encore terminées. Les membres de cette fameuse assemblée ne se séparèrent que deux ans plus tard, en 1563, après avoir mis vingt ans à rechercher la vérité, ou plutôt à se mettre d'accord (1).
Les récriminations du Parlement contre les réformés, quelque sévères qu'elles fussent, n'étaient rien en comparaison de celles du clergé bordelais.
Quelques-uns de ses membres, perdant toute mesure, prononçaient en chaire des sermons tellement violents, que la Cour se vit forcée d'y mettre un terme.
Le 17 février, sur l'invitation qui leur en fut faite, le doyen du chapitre Saint-André et trois autres chanoines de la primatiale présentèrent à la Cour les quatre prédicateurs choisis pour prêcher le carême.
On les pria très poliment « de traiter le point de leur prédication, sans entrer en aucune dispute » (2).
Sage mais bien inutile recommandation, puisque cinq jours après, le 22 février, le roi signait à Fontainebleau des lettres -patentes spécialement dirigées contre les ministres du culte réformé. Ordre était donné au Parlement de fixer un délai « à tous ceux qui se rendraient opiniastres à tenir secte réprouvée, contre la foy et la religion chrestienne » ; ce terme expiré, ils devaient sortir du royaume sous peine d'être pendus.
Cette ordonnance royale fut lue le 28 devant les Chambres assemblées. Recommandation fut faite au procureur général d'en envoyer copie à tous les évêques compris dans le ressort du Parlement (3).
En vertu de ces lettres-patentes, dont l'impression fut décidée par la Cour, injonction fut faite « à N. » de quitter
(!) En vertu dos décisions du concile de Trente, le nombre des sacrements reconnus par l'Église romaine fut définitivement fixé à sept. La Confession de foi des Églises réformées n'en reconnaît que deux. Bungener, Histoire du concile de Trente.
(-) Biruothèque municipale de Borueaux, Extrait des registres secrets du Parlement, ins. 367, i° 113.
(3) Idem, ibidem, ms. 367, f°* 113 et 114.
la ville dans la 1 mitaine et la France trois semaines après « sous peine de la hart » (').
Cette initiale, que nous reproduisons d'après les Registres secrets, désigne évidemment l'un des pasteurs, La Fromentée ou Neuchàtel, et peut-être les deux.
Ces infatigables et hardis champions de la Réforme multipliaient leurs prédications, payant bravement de leur personne, sans souci du martyre qui les attendait. En outre des assemblées régulières du culte dans la ville même de Bordeaux, ils présidaient des réunions de prière dans quelques localités des environs : à Castres, dans l'hôtellerie d'un sieur François, converti de bonne heure aux idées nouvelles; à Beautiran, gros bourg situé sur la grand'route de Bordeaux à Bayonne, avec un petit port d'embarquement sur la Garonne.
Conformément à la règle fixée par Calvin lui-même, ils avaient établi dans leur Église une discipline sévère ; chacun des fidèles qui la composaient pouvait être réprimandé publiquement et même en être exclu par décision du Consistoire, pourvu que les membres appelés à prononcer la sentence fussent au nombre de sept.
Florimond de Rémond, qui constate le fait, y trouve l'occasion de se gausser de la sévère discipline établie par Calvin dans les Églises de France et d'en faire des gorges chaudes (2). Il critique beaucoup la composition toute démocratique des consistoires où les artisans les plus humbles étaient admis journellement, et par suite appelés à juger sévèrement la conduite de personnes placées au-dessus d'eux dans l'échelle sociale.
« Ainsi, dit-il, un ministre, un avocat, un marchand, un solliciteur (3), un tailleur, un chaudronnier et un jardinier peuvent donner des arrêts...; car ils excommunient leurs
(!) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets du Parlement, ms. 369, t. II, f» 487 v°.
(2) Histoire de la naissance, progrès et décadence de l'hérésie de ce siècle, liv. VIII, chap. VIII.
(3) C'est-à-dire un procureur ou un avoué.