CHAPITRE XVIII
prit ouvertement le parti de Mongelos, protégé du cardinal de Lorraine. L'archevêque s'empressa de le nommer chanoine de la primatiale ('). Entre Élie Vinet, esprit éclairé, grand ami de Buchanan, de Scaliger et de Grouchy, c'est-à-dire des novateurs, et Mongelos, dévoué à l'Église romaine, le choix du clergé n'était pas douteux.
On comprend que les relations entre les écoliers et le principal devaient être fort tendues.
Si la discorde régnait au Collège de Guyenne, elle n'existait pas moins dans la ville de Bordeaux, où catholiques et huguenots étaient chaque jour sur le point d'en venir aux mains, comme nous venons de le voir au couvent des Augustins. Parmi les moyens d'attaque dont les deux partis firent l'un contre l'autre un fréquent usage, il faut mettre on première ligne les comédies satiriques qui, par la représentation des vices qu'on voulait flageller, avaient sur les masses une action beaucoup plus directe que les pamphlets et les écrits les mieux aiguisés.
Les clercs de la bazoche et les écoliers possédaient, en vertu de traditions fort anciennes, le monopole des représentations théâtrales aux jours de processions et de fêtes publiques. Depuis longtemps les uns et les autres avaient coutume de mettre en scène des moralités et des farces où ils tournaient en ridicule les vices du clergé ; mais, à l'apparition de la Réforme, ces jeux prirent un caractère de gravité qui les rendit fort dangereux, en ce qu'ils amenèrent, sur différents points de la France, des conflits regrettables où le sang coula plus d'une fois.
L'amour des spectacles est plus particulièrement développé chez les races méridionales; à Bordeaux, en particulier, la population est fort avide de ce genre de distraction.
Au Collège de Guyenne, le théâtre faisait en quelque sorte partie de l'éducation. Seulement, la tragédie latine, complément des études classiques, ne tarda point à céder la place
(') Ahch. départementales de la Gironde, série G: Registres capitulairos de Saint-A ndré.
aux farces et aux allégories, qui, par leurs vives allures et leurs allusions satiriques, répondaient véritablement à l'esprit du seizième siècle, époque d'agitations et de luttes, mais surtout à l'esprit gascon, qui se complaît aux railleries et les décoche avec tant de facilité.
Les progrès que faisaient à Bordeaux les idées de la Réformation devaient enhardir les compositeurs de scénarios, auxquels les faiblesses du clergé et les ridicules de certaines pratiques religieuses fournissaient tout naturellement un sujet de plaisanteries. Aussi le Parlement, qui s'était donné la mission de faire respecter les dogmes établis par l'Église romaine, avait- il, au mois d'avril 1556, fait défense expresse à tous bateleurs, enfants sans- souci et autres joueurs de farces, de représenter aucunes pièces « concernant la religion ou foi chrétienne, la vénération des saints et les saintes institutions de l'Église-».
En 1560, sur le rapport du conseiller Etienne de La Boétie, la même Cour avait autorisé le régent des primani (c'est-à-dire le professeur de rhétorique), Me Jehan de Niset, à faire représenter au Collège de Guyenne trois pièces qui avaient eu un grand succès (1).
Cette représentation, dont on parlait beaucoup, avait excité la jalousie des clercs de la basoche. Ils formaient une corporation régulière, gouvernée par un roi nommé Charles Amussat, soumise à des statuts, et payant des redevances régulières. Comme la majorité du Parlement, ils tenaient pour l'Église romaine; ne sortaient d'ailleurs que par bandes, fort bien armés, faisaient de grandes dépenses à l'occasion des fêtes annuelles qui duraient quinze jours, affichaient un luxe insolent, et dans leurs spectacles en plein air, imités de la comédie italienne, persiflaient ou tournaient en ridicule ceux des présidents ou des conseillers, qui à tort ou à raison étaient accusés de favoriser le mouvement calviniste.
Ils ne parlaient de rien moins que de châtier les écoliers
(*) Histoire du Collège de Guyenne, p. '250.