CHAPITRE XVIII
du Collège, dont les tendances n'étaient plus un mystère pour personne.
Depuis deux ans, en réponse à ces menaces, les écoliers s'étaient divisés en quatre nations : Gascogne, France, Navarre et Provence ('). Chacune d'elles avait procédé à l'élection d'un capitaine, ce qui avait donné lieu à des repas de corps et par suite à de nombreuses querelles (2).
Le Parlement se hâta d'interdire les assemblées aux écoliers du Collège de Guyenne, et leur défendit, une fois encore, de porter des armes. L'arrêt du Parlement, après avoir été signifié aux jurats, fut affiché par leur ordre à la porte du Collège (3).
Le 8 mai 1560, la Grand'Chambre et la Chambre de La Tournelle étant assemblées, le président Fauguerolles crut devoir avertir la Cour que la veille, Jacques d'Escars, baron de Merville, qui commandait à Bordeaux le château du Hà (4), l'avait fait prier de passer chez lui pour quelques affaires d'importance. Ce gentilhomme ne lui avait pas caché que le roi de Navarre serait très irrité de l'arrêt qui défendait aux écoliers de s'assembler, et qu'il s'attendait à ce que ce prince, après en avoir pris connaissance, lui enjoignit « d'arracher l'ordonnance de la Cour du lieu oïl elle avait été affichée ».
Il est certain que, comme gouverneur de la Guyenne, le roi de Navarre avait le droit d'accorder aux écoliers l'autorisation de se réunir, mais nous pensons que c'était en ce moment le moindre de ses soucis.
De Merville était un homme d'une fermeté remarquable et d'une droiture qui donnait à sa parole une grande auto-
(*) « De republicà scholasticà hsec sunt accipienda qux in quatuor, quas dicebant nationes, secta crat, Vasconicam, Francicam, Navarram, Provincialem. » Arnoldi Fabricii vazatensis... Epistolœ aliquot, Rochella;, apud Bartbolomœum Bertonem, 1571. EpisL., IX.
(!) Arch. municipales de Bordeaux, série BB, fragments du Registre de la Jurade de 1559.
(3) Arch. municipales de Bordeaux, série BB, Registre des clercs de ville.
(*) C'était le frère cadet de Jean d'Escars, prince de Carency, seigneur de La Vauguyon et de Froment, comte d'Escars, qui fut un peu plus tard nommé par intérim gouverneur du Bordelais (23 mai 1562) en l'absence de MM. de Bu rie et de Monluc. M. de Noailles était encore maire de Bordeaux et capitaine du château du Hà, le baron de Merville (Hait son lieutenant et commandait en sou absence.
rite. L'avis qu'il communiquait au président Fauguerolles fit une vive impression sur le Parlement, qui se hâta d'écrire au roi de Navarre pour lui expliquer les faits.
Les assemblées continuèrent, et la rivalité qui existait entre les clercs de la basoche et les écoliers ne fit que s'accroître.
Le 5 février 1561, Jacques Mari in, régent de dialectique au Collège de Guyenne, qui professait très ouvertement le calvinisme, se rendit à l'Hôtel de Ville, accompagné de Me Antoine Nénin, régent des primant. Jacques Martin, doué d'une grande facilité de parole, apprit aux jurats que le dimanche suivant ils comptaient donner au Collège une représentation composée de « tragédies, moralités, farces et comédies, tant en latin que françoys, pour l'exercice des escouliers et rejouissances du peupple » ; que ces différentes pièces de leur composition avaient été communiquées au Parlement, qui les avait approuvées, et qu'ils seraient heureux de voir MM. les jurats honorer ce spectacle de leur présence (*).
Ceux-ci, après avoir pris connaissance des diverses œuvres dramatiques qui devaient être mises en scène, acceptèrent l'invitation.
L'affluence des spectateurs fut considérable, la représentation réussit à merveille, et, pendant quelques jours, il ne fut pas question d'autre chose dans la ville. Les protestants triomphaient.,
Ce succès ne manqua point d'exciter la jalousie des basochiens. Prompts à la riposte, ils composèrent quelques « farces et moralités » dans lesquelles les écoliers étaient tournés en ridicule, et le 14 février, en signe de provocation, ils annoncèrent leur spectacle dans les rues de Bordeaux. Un écrit, placardé le même jour à la porte du Collège par une main officieuse, avertit les élèves de ce qui se passait (2).
(!) Arch. de la ville de Bop.DEArx. série BB, Registres de la Jurade; fragments du registre de 1561.
(2) Idem, ibidem.