‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 132 sur 310 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Deuxième synode national des Églises réformées (Poitiers, 10 mars 1561). — Assemblée des trois Étals de la province de Guyenne (25 mars). — Arrêt du parlement de Bordeaux contre les synodes (14 avril). — Impression de l'arrêt (17 avril) — Ordre d'arrêter les colporteurs Claude Pinson et Jacques Leblanc. — Supplice de ce dernier. — Affaire du couvent de l'Annonciado. — Les bains de mer, à Soulac, ordonnés contre la rage. — M. do Vaillac, capitaine du Chàtcau-Trompetto, est envoyé eu Rouergue.— Extension de la Réforme en Agenais dans les premiers mois de 1561. — Prédications du pasteur Odct de Nort à Gastelmorou, puis à Agen. — Burie se rend dans cette dernière ville. — Il autorise les calvinistes paisibles à se réunir. — Arrestations à Port-Sainte-Marie. — Les buguenots de Montségur arrachent les fonts baptismaux. — Accusations graves portées contre les calvinistes. — Sacre et installation de Prévost de Sansac comme archevêque de Bordeaux (5 juin). — Doléances du clergé de Guyenne transmises a Charles IX par le parlement de Bordeaux (7 juin). — Des pierres sont lancées contre la procession le jour de la Fêlo-Dicu. — Arrestation des coupables. — Nomenclature des pasteurs de la Guyenne.

Les ordres transmis aux gouverneurs des provinces, afin de leur recommander l'indulgence à l'égard des calvinistes paisibles, furent bientôt connus de ces derniers. A cette nouvelle, les Églises furent saisies d'une immense et indicible joie. C'était, en effet, depuis les origines de la Réforme, le premier symptôme de tolérance émanant du pouvoir central.

Il fallait se hâter d'en profiter pour se réunir sans bruit. La constitution d'un nouveau synode fut décidée; les pasteurs des Églises du Sud -Ouest en reçurent l'avis secret par de fidèles émissaires. C'est à Poitiers que devaient se rencontrer leurs délégués.

Au jour fixé, le 10 mars 1501, l'assemblée synodale fut tenue dans cette ville le plus discrètement possible. Plus de quarante pasteurs y assistèrent, ainsi qu'un certain nombre de diacres et d'anciens, sous la présidence d'Arnbroise Leballeur ou Lebailleur, ministre à Orléans, homme d'une piété sincère et d'une grande science théologique.

Parmi les décisions prises dans cette réunion, il faut noter, à l'honneur des calvinistes, l'interdiction de toutes violences et paroles injurieuses contre les catholiques romains « et même contre les chapelains, prêtres et moines » . L'assemblée, d'un commun accord, désapprouva hautement les emportements et les outrages (').

En outre, elle régla quelques points importants pour l'organisation des nouvelles Églises réformées de France, et l'assura les consciences timorées.

« Le pasteur, disait-elle, peut prêcher sans l'autorisation du magistrat, mais il doit prévenir les séditions et les tumultes. Ferme dans l'accomplissement de ses devoirs envers Dieu, il doit réprimer autant que possible l'esprit de faction. »

Il ne doit y avoir dans chaque Église qu'un seul consistoire. Les docteurs ou prédicateurs laïques ne doivent point administrer les sacrements; tout baptême fait par eux est de nulle valeur.

Enfin, il fut défendu d'admettre à la Sainte-Cène ceux qui faisaient encore acte de catholicité. Ceux qui, dans un jour de faiblesse, et par crainte des persécutions, avaient renié leur foi, devaient en faire réparation publique.

Ce qui, jusque-là, manquait aux Églises, l'organisation régulière, leur fut donné par le deuxième synode ; le parlement de Bordeaux le comprit et résolut de frapper un grand coup.

Le 14 avril, les Chambres, solennellement assemblées, rendirent un long arrêt qui fut crié le 17, à son de trompe, par les carrefours de la ville.

(!) C'est par erreur que M. G. de Félice fait du synode de Poitiers la conséquence de YÉdit de Janvier qui ne fut signé qu'un an après, en 1562. La cause de cette confusiom est la date que porte ce document: 17 janvier 1561 (vieux style) qu'il faut lire 17 janvier 1562, puisque l'année commençait à Pâques. (Histoire des synodes nationaux des Églises réformées de France, pages 61 et 62.)

Une erreur plus grave est celle de M. Alphonse Lagarde, qui dans sa Chronique des Églises réformées de l'Agenais, p. 61, 65 et 67, nous parle d'un synode tenu à Bordeaux, où il n'y en eut à aucune époque. Comme M. de Félice, M. Lagarde place l'édit de janvier en 1561, c'est-à-dire une année trop tôt.

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