‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 133 sur 310 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

La Cour, y est-il dit, avertie « que aucuns, mal sentans de la foy et religion chresptienne, séditieux et scismatiques, se sont efforcés en certaine ville de ce ressort faire certaine assemblée qu'ilz appellent sinode, jusques au nombre de quarante ou cinquante personnes qu'ilz appellent ministres », que ces gens sans l'autorisation des évêques ou de leurs diocésains « ont publiquement, en plusieurs endroictz du dit ressort, en grandes assemblées, soubz l'auctorité des dits faulx ministres, faict la cène, baptesmes, mariages et sépultures sellon la forme de Genevfue », que certains officiers royaux, avocats et procureurs « assistent journellement et tiennent la main es dits ministres, iceulx souffrent, favorisent, laissent et font prescher »; défend sous peine de mort toutes espèces d'assemblées religieuses, ordonne d'arrêter tous ceux qui laisseront célébrer le culte dans leur demeure, prêcheront ou même assisteront au prêche, et de les faire conduire sous bonne garde dans les prisons du Parlement; déclare, en outre, toutes les maisons où une prédication aura été faite, confisquées et acquises au roi; intime l'ordre à tous les étrangers de quitter Bordeaux dans les vingt-quatre heures, sous peine d'être pendus et étranglés, et aux jurats de faire la visite de toutes les maisons de la ville et le recensement des habitants.

Enfin, par le même arrêt, la Cour défendait de porter des armes offensives et défensives , « sous peine de la hart, » autorisant les chefs de maison à se saisir de toutes celles qui se trouveraient entre les mains de leurs domestiques (').

Au moment même où Catherine de Médicis prescrivait au Parlement les moyens de douceur et de persuasion, sagement conseillés par le chancelier de Lhùpital, cette Cour reprenait la voie des persécutions et des supplices, sous la pression de la noblesse et du clergé.

Pour que le terrible arrêt qu'elle venait de rendre se répandit avec plus de rapidité, elle en ordonna l'impression,

(*) Arc», départementales delà Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 146.

dont elle chargea François Morpain, imprimeur-juré de l'Université de Bordeaux, à l'exclusion de tous ses confrères et de tous les libraires du ressort de la Cour (<*).

A Bordeaux, comme partout ailleurs, l'imprimerie, ce puissant auxiliaire de la Réforme, allait servir à la combattre.

C'était de bonne guerre, car les écrits des novateurs, sortis des presses de Lyon, de Paris ou de Genève, se répandaient en France par milliers, et l'intluence de ces petits traités sur l'esprit de la bourgeoisie, assez éclairée pour les comprendre, était incalculable.

Comme au temps de François 1er, c'est par le moyen des contre-porteurs ou porte-balles qu'ils se répandaient dans les villes et dans les campagnes, et jusque dans les hameaux les plus reculés.

Au péril de leur vie, ces hommes, dont l'ardente piété égalait le courage et la persévérance, apportaient aux pauvres gens des campagnes « l'Évangile du salut ». On peut se faire une idée des dangers sans nombre qu'il leur fallait éviter pour se rendre de Genève à Bordeaux, à Bayonne, ou dans toute autre ville du .Sud-Ouest.

Le Parlement, 'qui à diverses reprises et tout récemment encore venait de défendre au Collège de Guyenne la lecture des livres à l'index (2), surveillait de près les libraires ou les colporteurs. Quelques-uns, malgré leur extrême prudence, étaient pris de temps en temps. Ceux-là payaient fatalement pour les autres.

Dans le courant du mois d'avril 1561, .un nommé Claude Pinson, de la paroisse de Cauderot(3), remontait la Garonne dans une barque contenant un grand nombre de livres de Genève « censurés et réprouvés » qu'il espérait faire arriver

(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 14(3. Dix ans auparavant, le parlement de Bordeaux autorisait déjà François Morpain à imprimer, seul, l'édit d'Henri II, du 27 septembre 15511 C'était l'ancien apprenti de Jehan Guyart, successeur de Gaspard Philippe.

(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, mss. 3C7, 369 et 370.

Cauderot ou Caudrot, petite commune du canton de Saint-Macaire (Gironde), illustrée de nos jours par une charmante composition du peintre G. de Galard.

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