CHAPITRE XIX
en lieu sûr, lorsqu'à la hauteur de Saint-Macaire, il s'aperçut qu'il était poursuivi. Nageur intrépide, il se jeta hardiment dans le fleuve et parvint à se sauver du côté de Langon (').
Les jurats de Saint-Macaire en écrivirent sur-le-champ à M. de Burie. Le Parlement, par arrêt du 28 avril, donna l'ordre d'arrêter Claude Pinson et de le conduire à Bordeaux dans les prisons de la Conciergerie.
Quelques mois plus tard, un pauvre colporteur, nommé Jacques Leblanc, chargé de livres hérétiques, fut arrêté sur les indications fournies par Me Thomas de Ram, lieutenant général de la sénéchaussée de Guyenne (2). Un conflit de juridiction s'étant élevé le jour même entre M. de Ram et le lieutenant criminel, Louis Goyet de Laferrière, avocat général, irrité de ces lenteurs, se présenta le 29 juillet au Parlement. Il pria la Cour de trancher le différent, « afin que le prisonnier fut despêché (3). »
En vertu de l'édit donné à Romorantin en 1560, le Parlement décida que Thomas de Ram présiderait l'affaire, mais que le lieutenant criminel et les conseillers au présidial de Guyenne seraient appelés. Le malheureux Jacques Leblanc fut exécuté.
La Cour de Guyenne écrivait fréquemment au roi de Navarre, pour le tenir au courant de la situation de la province dont il avait le commandement. Elle le faisait d'autant plus volontiers que ce prince, séduit par les charmes de l'une des filles d'honneur de la reine-mère, MUe du Rouet, avait cessé de protéger les calvinistes (4).
Le vieux connétable de Montmorency, s'alliant avec le duc de Guise et le maréchal Saint-André, venait de consommer avec eux le pacte connu sous le nom de Triumvirat.
(') Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 146, arrêt du 28 avril 1561.
(2) Idem, ibidem.
(3) Idem, ibidem, portef. 152.
(') Louise de la Beraudière, demoiselle du Rouet. C'était la fille de Louis de la Beraudière, seigneur de Plsle Rouet en Poitou, et de Madeleine du Fou du Vigean. Elle eut du roi de Navarre un fils qui devint archevêque de Rouen sous le nom de Charles de Bourbon.
Antoine de Bourbon, qui avait reçu des États le titre de lieutenant général et le commandement de la gendarmerie française, fut assez faible pour croire à leurs fallacieuses promesses, au grand désespoir de l'énergique et clairvoyante Jeanne d'Albret.
Rendue craintive par cette coalition, Catberine de Médicis accentua son mouvement du côté des réformés et de Condé, qui, par la niaiserie de son frère, passait au premier plan. Elle autorisa le colloque de Poissy.
Les rapports entre le parlement de Bordeaux et le lieutenant du roi de Navarre étaient encore excellents. Le 23 avril 15G1, le greffier Pontac écrivait à Charles IX que la présence de M. de Burie à Bordeaux était indispensable : son séjour, disait-il, « est très nécessaire en ceste ville pour le maniement des armes et la force qu'il a, sans laquelle il est très malaisé pouvoir contenir Vaudace des meschans et séditieux (l). »
Burie avait certainement fort à faire ; il recevait de plusieurs villes de la Guyenne des invitations pressantes pour accourir en toute hâte, afin d'y rétablir l'ordre, et son devoir le retenait à Bordeaux, où d'ailleurs allait se tenir sous peu l'assemblée des Etats provinciaux.
Le roi lui-même et la reine-mère, inquiets de la gravité des événements qui se passaient en Rouergue et dans le Quercy, le pressaient de s'y rendre. Mais il y envoya d'abord M. de Vaillac, gouverneur du Château-Trompette, originaire de cette contrée et qui par conséquent connaissait, mieux que beaucoup d'autres, les gens auxquels il allait avoir affaire.
Il écrivit, le 20 avril, aux consuls de Montauban pour les avertir d'avoir à cesser immédiatement leurs « assemblées, folies et escandalles » (2) et que dans le cas contraire il avait reçu l'ordre du roi de marcher contre eux « avec une bonne et puissante force, pour faire un tel chastiment des déso-
(1) Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, 3159, p. 45, et Arch.
HISTORIQUES DE LA GIRONDE, t. X, p. 157.
(2) Arch. municipales de Bordeaux, série ,IJ, invent. -somrn. de 1751, au mot: Assemblées.