‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 135 sur 310 · CHAPITRE XIX. 2G · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. 2G

beissants et séditieux qu'il en soit mémoire » et pour servir d'exemple à tout le reste de la Guyenne (*).

Le même jour, Burie écrivit à Charles IX pour lui dire que dans le cas où il serait forcé de marcher sur Montauban, il avait à sa disposition, dans cette région, quatre compagnies de gens d'armes : la sienne, celle du roi de Navarre, la compagnie du jeune prince son fds, et celle de Moulue, auxquelles il pourrait joindre les trois compagnies des sénéchaux do-Quercy, d'Agenois et de Périgord. Parlant au roi de la situation générale de la Guyenne, il ne lui dissimulait pas qu'elle lui semblait des plus mauvaises, particulièrement en Saintonge.

Et ce fidèle serviteur, dont on a essayé de faire un traître qui pactisait avec les huguenots, conseille à Charles IX d'agir sans plus tarder, c'est-à-dire de réunir des forces suffisantes et de marcher contre eux. Parlant des désordres qui se produisent en Rouergue et en Saintonge, il ajoute : « Sy j'estais assez sage pour vous donner conseil, ce seroit, Sire, qu'il me semble qu'il est temps que Vostre Majesté y donne ordre; et le plus tost seroit le meilleur, car les choses sont toujours de piz en piz. » (2)

La reine -mère pensa sans doute que le moment d'en venir à cette extrémité n'était pas encore arrivé, car M. de Burie, ne recevant pas d'ordres de la Cour, continua de rester à Bordeaux où la situation se tendait chaque jour davantage. Le Parlement, surexcité par le président Roflignac, le conseiller François de Baulon, le greffier Pontac et quelques autres fanatiques, n'était que trop enclin par nature à pousser les choses à l'extrême en employant les moyens de rigueur.

Burie, au contraire, exécutait fidèlement les instructions de la reine-mère et de Charles IX et n'employait encore,

(*) Biiîliothèque nationale, mss. : Fonds français, 3180, p. 9f>; publié par M. Tamizey de Larroque dans le tome X des A.RCH. historiques de la Gironde, fcage 53.

(*) Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, 3180, p. 02, et Arch,

HISTORIQUES DE LA GIRONDE, t. X, p. 55.

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vis-à-vis des calvinistes bordelais, fidèles serviteurs du roi, que les voies de la douceur.

Une rupture ne pouvait manquer de se produire bientôt entre le gouverneur et le Parlement.

Le 24 mai, la Cour, apprenant qu'on avait joué à Bourgsur- Gironde quelque pièce satirique, dans le but de tourner en ridicule les pratiques de l'Église catholique, défend, sous peine de mort, « aux manans et habitans de cette localité et d'autres lieux », quelle que soit leur condition, « de jouer aucuns jeux, moralités, farces ni autres » genres de pièces, soit en particulier, soit en public. Elle défend en outre aux gens de Bourg de « faire aucune assemblée soubz prétexte de la religion ni autrement » (*).

On en conviendra, la Cour, en rendant cet arrêt, empiétait un peu sur les prérogatives du gouverneur de la province.

A la même date, le Parlement, qui se mêlait de beaucoup de choses, eut à s'occuper d'une affaire assez singulière.

Nous avons à plusieurs reprises signalé l'esprit d'émancipation qui animait les religieuses du couvent de l'Annonciade. Ces dispositions n'avaient pas changé depuis la fuite de Mlle de Verteuil et de ses compagnes (2). En 15G1, l'une des nonnes, MUe Métadier, alliée au pasteur Campaigne (3) par des liens de parenté, affichait hautement ses sympathies pour la Réforme et n'aspirait qu'à sortir du couvent. Un hasard assez singulier lui en fournit l'occasion.

Une religieuse de l'Annonciade, Françoise Bertrand, fut mordue par une petite chienne que les sœurs avaient beaucoup caressée, et que l'on supposa tout naturellement être atteinte de la rage. On devine si le couvent dut être sens dessus dessous.

Quatre médecins furent appelés en consultation, les docteurs P. Pichot, Ménardeau, de Lataste et Voysin.

Ils reconnurent ou crurent reconnaître chez la malade

(') Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. \ (i) Voyez pages 49 et suivantes.

(s) Au sujet du ministre Campaigne, voyez chapitre XVIII.

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