CHAPITRE XIX
tous les symptômes de l'hydrophobie, et, dans un langage que cent ans plus tard Molière n'eût pas désavoué, ils prescrivirent pour les autres religieuses le régime des bains de mer.
Le Parlement, consulté sur la gravité du cas, rend, le 22 mai, un arrêt qui autorise les nonnes à « s'aller baigner en la mer salée », à la condition expresse qu'elles seront accompagnées du provincial de leur ordre ou de « sou commis, avec sure garde et honeste compagnie décente et convenable » (*).
Rappelons qu'un bref du pape Innocent "VIII, en date du mois de mars 1486, plaçait les sœurs de l'Annonciade sous la direction spirituelle du provincial des Franciscains, tandis qu'une bulle du 2 septembre 1535 défendait aux moines de cet ordre de parler aux religieuses de l'Annonciade ou de recevoir leur confession sans l'autorisation de la mère ancelle (2).
Le provincial des Franciscains, se conformant aux ordres du Parlement, désigna deux moines pour accompagner à Soulac les. religieuses qui devaient entrer en traitement et prendre des bains. Il avait eu soin de les choisir d'un âge assez avancé pour ne pas prêter matière à médisance. Le trajet devait se faire par eau.
Mais les nonnes, trouvant sans doute cette perspective peu attrayante, partirent sans attendre leurs compagnons de route à barbe grise.
Elles ne rentrèrent au couvent que le 28 au soir, sauf pourtant la sœur Métadier, qui, si l'on en croit le réquisitoire du procureur général Lescure, « auroit esté ravie par deux de ses cousins, » tandis que les autres étaient « accompagnées par des gens mal famés du pags de Médoc ».
(*) Arcii. départementales de LA Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 147.
(2) Arcii. départementales de la Gironde, série G, reg. n° 1003. « Inventaire des Mires et documents du monastère de relligieuses de la Nonciade de Bourdeaux, dresse'' par V. M. II. Hierosme Lopés, professeur en théologie de l'Université de Lîourdeaux, et chanoine théologal de l'église métropolitaine et primatiale de cette ville, » fos 1 v° et 2 r°.
Ce magistrat ne manque pas de faire ressortir les liens de parenté qui existaient entre la fugitive et le pasteur Campaigne, « ung des principaulx ministres et des plus séditieux qui soit en Guyenne, par le moyen duquel elle a pu, ajouta-t-il, cslre iuduicte à sortir de la religion. »
Le Parlement, irrité, chargea l'archevêque de Bordeaux, le provincial des Franciscains, les conseillers Jehan d'Alesme, Charles de Malvin et le procureur général, de délibérer sur la punition à infliger aux jeunes coupahles. Il désigna Mes Léonard Amelin et de Gaultier pour procéder à une enquête sur l'enlèvement de MUe Métadier, contre laquelle un mandat d'arrestation fut décrété C1).
Malgré l'appui du Parlement, le provincial des Cordeliers n'était pas au hout de ses peines ; les Registres secrets nous apprennent que, deux mois après, les nonnes refusaient encore de lui obéir et de « lu y rendre la clef de la closture du couvent», qu'elles avaient dérobée. La Cour se vit forcée, pour mettre à la raison ces têtes folles, d'y envoyer le président de Lachassaigne et deux conseillers (2).
Dans la seconde quinzaine de mai, pendant le voyage de M. de Vaillac en Rouergue, Burie reçut à Bordeaux de fort mauvaises nouvelles de l'Agenais et du Bazadais.
A Montségur, où l'effervescence était extrême, les huguenots venaient d'arracher les fonts baptismaux; tandis que dans la ville d'Agen, protestants et catholiques, sur le point d'en venir aux mains, faisaient appel à Charles de Coucy, le priant les uns et les autres de leur venir en aide (3).
Résumons le plus succinctement possible, d'après Théodore de Bèze, les faits survenus depuis le mois de janvier 1561 dans cette dernière ville.
Martial de Nort, ennemi juré des calvinistes, y était encore
(1) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 147, arrêt du 29 mai 1561.
(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 367, f" 120 r°.
Lettre de M. de Burie au roi de Navarre, du 30 mai 15G1, publiée par M. Tamizey de Larroque. Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, 3187, page 127.