CHAPITRE XIX
au nombre des consuls ; il se montrait fort irrité de l'arrivée en Agenois de l'un de ses fils, Odet de Nort, qu'il destinait à l'état ecclésiastique, mais qui, séduit par la propagande évangélique, s'était retiré à Genève, où il avait fait de sérieuses études théologiques.
A peine eut-il reçu la consécration, que le jeune ministre vint faire ses débuts à Castelmoron-sur-le-Lot, ville qui dépendait de la seigneurie de Caumont
Le 9 janvier, bravant l'autorité paternelle, il était venu prêcher à Agen, en plein jour, mais dans une maison particulière ; ce que les magistrats ne purent empêcher.
La semaine précédente, en effet, ayant surpris une assemblée d'environ huit cents personnes, ils avaient sommé les fidèles de se disperser. Mais ceux-ci, forts de leur conscience, leur avaient répondu « qu'ils ne cesseraient point, attendu que conformément aux lettres-patentes du Roy, leurs assemblées étoient paisibles et modestes, faites seulement pour ouïr la parole de Dieu et le prier, sans armes ni scandale » (2).
Pierre Redon, Martial de Nort et autres fanatiques écrivirent alors à M. de Burie, pour le prier de se rendre à Agen avec sa compagnie de gens d'armes.
Burie vint en effet, mais accompagné de quelques hommes seulement. En passant à Port -Sainte -Marie (3), d'où les Jacobins avaient été expulsés par les huguenots peu après la sédition de Lectoure, il fit prisonniers deux calvinistes dont l'un était diacre de l'Église réformée de cette ville.
La maison qu'habitait Burie, dans la ville d'Agen, appartenait à Gratian de Las, avocat du roi, qui tenait pour la Réforme. Sur les explications fournies par ce dernier, Burie, au grand scandale des papistes, relâcha les deux prisonniers, gens paisibles s'il en fut.
(') La baronnie de Caumont, dont il a déjà été question p. 232, avait pour chef haut et puissant seigneur messire François Nompar de Caumont, fils aîné de Charles de Caumont et de Jeanne de Perusse des Cars ou d'Escars.
(?) Tiii::onoRE de Bèze, Histoire ecclésiastique des Eglises reformées, t. Ier, liv. V, p. 790.
(3) Port-Sainte-Marie, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement et à 21 kilomètres d'Agen, département de Lot-et-Garonne.
Au lieu de défendre les assemblées, il dit aux calvinistes avant son départ « que s'ils avoienl accoustumé de prier Dieu une fois, qu'ils le priassent quatre ».
Il est bon de noter qu'à cette époque, Antoine de Bourbon, lieutenant général du royaume, n'avait pas encore abandonné les réformés pour pactiser avec les triumvirs sur de fallacieuses promesses.
Vers le même temps, le ministre Barelles, dont maintes fois il a été question, vint à Agen, où il tomba malade. Le 16 mars, après son rétablissement, il prêcha dans un petit temple nommé Saint-Fiari; là se trouvait un sépulcre, auquel la superstition attribuait des vertus particulières. Les nourrices s'efforçaient d'en détacher quelque parcelle « pour l'avaler dans leur potage afin d'avoir abondance de lait » (').
En apprenant que Barelles prêchait à Saint-Fiari, les chanoines de Saint- Caprais entrèrent dans une violente colère, tout particulièrement le chanoine Lalande, que nous avons vu réclamer à grands cris la mort des hérétiques (2). Son frère et lui se démenèrent si bien, criant à la profanation, que la population s'en émut. M. de Vaillac, auquel Burie avait recommandé lors de son départ pour le Quercy de s'arrêter à Agen, se rendit en effet dans cette ville.
Ce capitaine, assez sot personnage et grand bavard, s'il faut en croire Antoine de Noailles et l'abbé de l'Isle (3), prit sur lui de faire publier dans les rues l'arrêt du parlement de Bordeaux, qui défendait à toutes personnes de prêcher sans l'autorisation de l'évêque du diocèse.
(*) Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 790. Nous avons à Bordeaux le tombeau dit de Saint-Fort, auquel la crédulité populaire, de nos jours encore, attribue des vertus analogues. Les vieilles croyances sont difficiles à déraciner.
(2) Voyez chapitre XVI, page 204.
(') On trouve dans le manuscrit 6948, à la Bibliothèque nationale, une note de l'abbé de l'Isle contre le sieur de Vaillac et ses tentatives d'usurpation sur les pouvoirs d'Antoine de Noailles, note où le capitaine du Château-Trompette est ainsi qualifié : « Sot, et le plus ridicule Monsieur qui soit. >' M. de Noailles parle à plusieurs reprises de ses « sottes bravades ». Il dit que la Cour de parlement est « abbreuvée de toutes ses bavarderies. » (Voyez Antoine de Noailles à Bordeaux, par M. Tamizey de Larroque, p. 7G, note 2.