CHAPITRE XX
Bientôt même, les salles particulières se trouvant insuffisantes pour les réunions devenues plus nombreuses, le Consistoire obtint du maire Salbert l'autorisation de faire le prêche à midi, dans l'église catholique de Saint-Sauveur. L'empressement fut si considérable qu'une femme faillit être étouffée.
« C'était un noble spectacle, dit avec raison M. de Richemond, de voir le même temple servir alternativement de lieu de prières aux catholiques et aux protestants, aux deux branches séparées de la famille chrétienne. « Toute sorte » d'exercices de la Religion Réformée se faisoient et la messe » se disoit sous le même couvert et endroits, par temps et » heures séparées. » Les guerres civiles n'avaient pas encore élevé leur sanglante barrière entre les Parpaillots et les Papistes, et la population de La Rochelle offrait un bel exemple de tolérance et de fraternité évangéliques (1).
Bientôt, l'église de Saint-Barthélemy servit, comme celle de Saint-Sauveur, aux assemblées religieuses des deux cultes.
Le 25 octobre 1561, le Consistoire pria les prêtres de Saint- Sauveur de commencer leur messe un peu avant le jour, pour la commodité de leurs prêtres, ce qui fut accordé. En revanche, les protestants payèrent les chandelles et luminaires qui durent servir aux offices catholiques.
Ces citations paraîtront peut-être puériles à quelques personnes; elles nous semblent au contraire très importantes. Elles prouvent que l'existence simultanée des deux religions dans les mêmes localités était loin d'être impossible.
Le remarquable exemple de fraternité donné par les habitants de La Rochelle s'étendit bientôt à toute la région d'Aunis et de Saintonge.
Malheureusement, l'esprit et le tempérament politique des autres populations de la Guyenne ne ressemblait pas à celui des Santones. A la même époque, des scènes d'une nature moins pacifique se passaient dans le reste de la province.
(!) Tu. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Éijlises réformées, t. Ier. Le quolibet de parpaillots date de cette époque.
Pour avoir la clé des événements qui se succédèrent à Bordeaux dans les six derniers mois de l'année 1501, il est indispensable de rappeler que l'Assemblée des états provinciaux avait été tenue dans cette ville, vers la tin du mois de mars
Les membres les plus influents du clergé local, Frédéric de Foix, captai de Buch, le président de Roffignac, l'avocat Jehan de Lange et quelques autres fanatiques, y firent preuve d'une extrême exaltation contre les calvinistes, dans un moment où, tout au contraire, la politique de la Cour de France, inspirée par le chancelier de Lhôpital et surtout par la force des choses, inclinait vers la paix et la tolérance.
Antoine de Noailles, gouverneur de Bordeaux, chargé par Catherine de Médicis de la tenir au courant des décisions prises, lui écrivait le 29 mars : « Madame, il a esté résolu » par le Clergé et la Noblesse qu'on feroit requeste au Roy » de chasser ces ministres : le Tiers-Estat n'est pas encore » résolu, mais s'entend sourdement qu'il y a plusieurs con- » trariétés sur cet article, etc. »
Cette nouvelle, rapidement ajoutée en post-scriptum à la fin de sa lettre, nous parait être d'une extrême importance pour l'histoire que nous écrivons. Elle explique les rigueurs du Parlement, excité par le clergé contre les calvinistes, alors que de Paris la reine-mère lui prêchait la modération.
Vers la fin de juin, les réformés de Bordeaux, confiants dans la tolérance et la droiture de M. de Burie, se risquèrent enfin à tenir leur première assemblée publique, mais hors de l'enceinte fortifiée. Ils choisirent dans ce but une maison de campagne isolée située à très peu de distance de la ville, à Saint-Laurent, dans les graves de Bordeaux (2).
Bien qu'un grand nombre de fidèles eussent été prévenus
(') M. de Noailles écrivait à la reine-mère, le 29 mars 15G0 (vieux style,
lisez 1561) , « Je n'ay voulu perdre l'occasion d'avancer ce mot à V. M.
pour lui dire que depuis trois ou quatre jours les gens des Troys Estais de ce gouvernement se sont assemblés pour délibérer, etc. (Arch. historiques de la Gironde, t. XVII, p. 253.)
(2) A peu près à l'emplacement qu'occupe aujourd'hui l'établissement hydrothérapique de Longchamps.