CHAPITRE XX
départ de Burie, dont la présence contrariait leurs agissements. Ils mirent sur-le-champ son absence à profit, et, pendant la durée de son expédition à Lectoure, n'eurent d'autre souci que d'agir fortement sur l'esprit de la population ignorante et fanatisée, soit par des conversations ou des exhortations individuelles, soit par des prédications faites dans un certain nombre d'églises de la ville.
Un moine de l'ordre des Cordeliers ou des Franciscains obtenait, par ses véhémentes apostrophes contre les huguenots, un succès oratoire qui se renouvelait à chaque sermon. Il se nommait le père Masentin. MM. de Roffignac, de Lange et de Pontac, ainsi que le chanoine Mongelos, ancien principal du Collège de Guyenne, assistaient à ses prédications.
De son côté, le père Martinesque, provincial des Cordeliers d'Aquitaine, sachant que le greffier Pontac, au nom du Parlement, s'efforçait d'influencer la reine- mère pour la pousser aux plus fâcheuses extrémités, prit la liberté d'écrire à Catherine de Médicis. Il l'avertit que par suite des persécutions, les Franciscains étaient sur le point d'abandonner leurs monastères.
Pendant que ce concert de récriminations contre les huguenots s'élevait vers le trône, dans le but de pousser aux mesures rigoureuses la mère du roi très chrétien, les calvinistes étaient dans certaines localités, mais particulièrement en Agenois, en butte aux persécutions et aux plus cruels traitements de la part de quelques seigneurs catholiques.
François, baron de Fumel, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, capitaine de la garde de sa porte, se distinguait entre tous par sa dureté ; cet homme impitoyable exaspérait par ses cruautés des populations qui, par leur nature ardente et méridionale, n'étaient déjà que trop portées à l'effervescence.
L'Édit de Juillet venait d'être enregistré par le parlement de Guyenne. Les assemblées publiques ou privées étaient interdites aux protestants, môme sans armes, et la connaissance du crime d'hérésie réservée, comme jadis, aux juges
ecclésiastiques. C'était un revirement complet qui allait amener les plus dangereux conflits.
François de Fumel, apprenant qu'un certain nombre de calvinistes étaient réunis pour prier Dieu, à Libos, près de sa maison, entra suivi de ses gens dans la salle où l'on célébrait le culte, se rua comme un furieux sur cette foule inoffensive et, frappant à tort et à travers, dispersa les fidèles dans la campagne.
Un gentilhomme nommé Lagnac suivit cet exemple et fit, dans une réunion de prières, quelques prisonniers qu'il amena dans son château
Dans la juridiction de Tournon, en Agenais, des faits plus graves encore excitèrent l'indignation de tous les hommes de cœur. Le ministre Barelles, qui déjà dans plusieurs circonstances avait pris auprès de Burie la défense de ses coreligionnaires, lui écrivit le 26 août pour lui raconter les faits et lui demander justice.
« Monseigneur, lui disait-il, je suys encore constrainct » vous escripre que dimanche dernier deux gentilshommes, » près de Tournon, terre du roy de Navarre, l'ung nommé » Foyssac et l'autre Lestelle, entrèrent dans un temple qui » n'estoict en leurs terres, où, trouvant ung grand nombre » de personnes qui prioient Dieu, en tuèrent ung d'un coup » de pistoulletade, en blessèrent plusieurs et en amenèrent » un grand nombre prisonniers (2). »
A la nouvelle de cet abominable attentat, les réformés des Églises voisines, auxquelles se joignirent quelques seigneurs du parti de la religion réformée, se dirigèrent sur la petite ville de Tournon pour y réclamer les prisonniers.
Les catholiques se réfugièrent dans le château qui était «de grande résistance et d'accès difficile». Sans attendre l'attaque, ils tirèrent les premiers sur les assaillants.
Les calvinistes, après avoir essuyé cette première décharge,
(') Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 792.
(s) Tahizey de Larroque, Documents inédits pour servir à l'histoire de V Agenais, p. 86.