CHAPITRE XX
où l'un d'eux fut tué, rispostèrent à leur tour. Un gentilhomme, nommé La Duguie le jeune, fut mortellement atteint d'un coup d'arquebuse. Au bout de quelques heures, les réformés réussirent à s'emparer du château. Lestelle et Foissac furent capturés par eux avec quatre autres gentilshommes. Mais les vainqueurs, bien que surexcités par la chaleur du combat, firent preuve dans cette circonstance de la plus grande modération. « Bien qu'il fust en leur puissance de les tuer, écrit Barelles à M. de Burie, ne leur ont faict le moindre mal, mais les ont mennez prisonniers à Nérac, pour vous les conduire au premier jour, et en faire ce que cognoistrez estre de raison. »
Il est curieux de lire sur cette malheureuse affaire la lettre adressée d'Agen à M. de Burie, le 27 août, par le juge-mage Herman Sevin, Tholon, lieutenant criminel, Pierre Bedon, lieutenant particulier, dont nous avons raconté les lâches exploits, et par le procureur du roi Martin de Las
Il est difficile de travestir la vérité d'une manière plus audacieuse. Il n'y est même pas question de l'expédition meurtrière de Lestelle et de Foissac, dont le crime devait rester impuni (2).
Aussi le pasteur Barelles écrivait -il à Burie : « C'est à » craindre qu'il y ait conspiration de la part de la noblesse, » les grands tenant la main et les petits exécutant, qui du » tout n'ont rien à perdre ou bien peu ; aussi les nostres » n'ont plus délibéré de endurer telles choses ou semblables. » Bien vous prions ne adjouster foy à tout ce qu'escripvent » les présidiaux de ceste ville, mais plustost envoyer ung » homme neutre et par luy entendre la vérité. »
(l) Documents inédits pour servir à l'histoire de l'Agenais, p. 89 et suiv. Une note de M. Tainizey de Larroqne nous apprend que noble Martin de Las, seigneur d"Espalais, déjà procureur du roi quand il fut nommé premier consul d'Agen en 1532, était fils de noble Jean Bernard de Las, aussi procureur du roi en la sénéchaussée d'Agenais, et de noble Isabeau de Mansencôme, fille d'Amanieu de Mansencôme, seigneur de Monluc, grand-père du capitaine Biaise de Monluc.
(s) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 793 : « Foissac et Lestèle, demeurant en la jurisdiction de Tournon en Agenois, tuèrent un pauvre homme de la religion, dont ils furent atteints et mis prisonniers mais non pas chastics. »
Cette proposition était sage et surtout équitable. Barelles ajoute: « Le feu n'est si allumé » que par suite de La parenté qui existe entre La Duguie, le gentilhomme tué lors de la prise du château, et Tholon, lieutenant criminel.
De Bordeaux, où il était encore, M. de Burie écrivit le 30 août à Charles IX, à la reine-mère et au roi de Navarre pour les tenir au courant des faits que nous venons de raconter. Il ajoutait en post-scriptum :
« Depuys ceste lettre escripte, Sire, et voulant clore mon pacquet, j'en ay reçeu une du ministre d'Agen (Barelles), laquelle j' envoyé à Vostre Majesté, par où vous pourrez voir les excuses de ceulx de la religion réformée. Ce ministre, à ce qu'on dit, est bien de bonne et saine doctrine. »
Sevin, Tholon, de Las et Bedon avaient, à ce qu'il paraît, formé le projet d'adresser une plainte au roi, mais ils furent forcés de renoncer à ce projet. Frapper les autres et crier à l'assassin, c'est un jeu qui ne date pas d'hier.
A La Béole, en Bazadais, un conseiller nommé Gaucher excitait les catholiques à mettre le feu au prêche.
A La Plume, petite ville appartenant à la reine de Navarre, le bailli de l'endroit, gendre de Martial de Nort, consul d'Agen, dont il a été question, donnait aux papistes le même conseil.
De leur côté, les huguenots commettaient des excès inouïs qui soulevaient contre eux des populations entières. A Penne, à Condom, à Villeneuve -d'Agen, les Cordeliers étaient expulsés de leur couvent. A l'abbaye d'Eysses, près de Villeneuve, les statues et les autels furent brisés et les reliques de saint Gervais jetées au feu (').
Les protestants, qui criaient à l'oppression, se montraient oppresseurs partout où ils étaient les plus forts.
Aujourd'hui que des hauteurs sereines de l'histoire nous jugeons de sang-froid les choses du passé, nous avouons que les minorités ne nous semblent intéressantes que tant qu'elles sont opprimées. Du jour où fécondées par le sang
(•) Th. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 793.