chapitre xx
des martyrs, elles acquièrent un développement qui leur donne la conscience de leur force, elles cessent d'avoir toutes nos sympathies, car, changeant de rôle, elles deviennent agressives.
A Condom, Jeanne d'Albret, qui désormais cherchait à introduire dans ses états le culte réformé, gratifia les calvinistes du couvent des Gordeliers, pour y établir une école communale et y loger les pasteurs.
De tous côtés d'amères récriminations arrivaient à Burie, qui représentait Antoine de Bourbon comme gouverneur de la province.
En Périgord, comme dans l'Agenais, les événements prenaient un caractère de plus en plus fâcheux.
Le 2 août 1561, Me Pierre de Marquessac, juge-mage de Périgueux, appelé par décision du Parlement, fit part de ses craintes aux Chambres assemblées.
Le pasteur Simon Brossier, venu de La Rochebeaucourt en Saintonge, prêchait la Réforme à Périgueux, où il avait été appelé par une partie de la population ou, pour me servir de l'expression du père Dupuy, par « les fidèles infidèles » ('). Envoyé de Genève, il sut avec habileté « se glisser dans les châteaux pour empester la noblesse par sa doctrine diabolique », nous dit le même historien. M. de Mesmy, gentilhomme protestant, lui servit de protecteur.
A Périgueux, où il arriva malade, Simon Brossier, soutenu par une grande énergie, fit ses premières prédications « la nuit à l'hôtellerie du Chapeau-Vert, proche la porte du pont, la basse- cour lui servant d'auditoire, la cave s'étant trouvée trop étroite pour le concours du peuple. » (2)
Plus tard, nous dit Théodore de Bèze, il prêcha dans la ville même, dans la maison de M. de Mesmy.
Son ardeur étant extrême, la prison et la mort l'attendaient; il semblait qu'il l'eût deviné et qu'il voulût, en
(*) L'état de l'Église du Périgord depuis le christianisme, par le R. P.Jean Dupuy, récollet. Périgueux, 1G29.
(2) Idem, ibidem.
déployant une plus grande activité, mieux utiliser le peu de mois qui lui restaient à vivre.
Cependant les chanoines de la primatiale, soutenus par le sénéchal de Périgord, mirent garnison dans la ville. Des gardes furent placés dans l'église Saint-Front et à l'évèché; puis le clergé s'efforça de soulever les masses pour faire massacrer les huguenots à la faveur d'un mouvement populaire. Quatre cents hommes hien armés se réunirent sur la place publique, « mais ceux de la Religion en estant advertis et se tenant sur leurs gardes en toute modestie, leur dessein s'évanouit en fumée. » (*)
Néanmoins, Simon Brossier fut fait prisonnier par les catholiques et courut les plus grands dangers ; fort heureusement pour lui, l'arrivée de Jeanne d'Albret lui sauva la vie pour cette fois. La reine de Navarre se rendait à la Cour; elle chargea le grand sénéchal de la garde du pasteur Brossier, l'avertissant, par une sage précaution, qu'il en répondait sur sa tête.
Pierre de Marquessac apprit au Parlement « que plusieurs habitants de Périgueux achetaient des armes »; il sollicitait l'autorisation de désarmer la population.
La Cour, sans vouloir trancher la difficulté, lui enjoignit de s'adresser au gouverneur de la province ou à son lieutenant, M. de Burie (2).
Cette question était en effet du ressort de ce dernier, qui le mois auparavant avait refusé de la résoudre pour la ville de Bordeaux. Le 9 juillet, le premier président de Lagebâton, dont le retour à Bordeaux dut réjouir les calvinistes, avait fait prier Charles de Coucy de se rendre à l'audience de la Cour.
Ce sage magistrat lui représenta la gravité de la situation ; il lui dépeignit la surexcitation des deux partis, qui semblaient toujours sur le point d'en venir aux mains, et lui
(!) Th. de Bèzk, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 794. (s) Bibliothèque de la Ville, ms. 367 : Extrait des registres secrets, fos 120 et 121.