‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 150 sur 310 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

demanda si, pour éviter de grands malheurs, il ne jugerait pas utile de désarmer la population bordelaise (').

M. de Burie, après avoir remercié le premier président de cette marque de déférence, lui répondit que lors de son arrivée à Bordeaux comme lieutenant-général, il avait passé la revue, ou, comme on disait alors, la montre des compagnies de la garde bourgeoise. « Quatre mille hommes bien armés et équipés » s'y étaient présentés « pour la défense de la ville. » Les désarmer était chose grave, qui pouvait devenir fatale en cas d'attaque venue du dehors. Je n'ose, dit-il en terminant, prendre sur moi la responsabilité d'une pareille mesure ; « il est à propos de scavoir la volonté du Boy. » (2)

La réserve de Burie en cette occasion explique celle du Parlement au sujet de Périgueux.

A Bergerac, où depuis longtemps les réformés étaient maîtres de la ville, tout allait de mal en pis. M. le docteur Bennes affirme que déjà, sous Henri II, des meurtres avaient été commis par eux dans cette localité « constituée en commune indépendante et se régissant elle-même » (3).

Cette assertion nous paraît invraisemblable. Si en 1553 des prêtres ou des religieux avaient été massacrés par les calvinistes, ces actes coupables auraient été réprimés par ordre d'Henri II avec la plus effrayante sévérité. Mais huit ans après, sous Charles IX, tout est possible.

«En 1561, les religieux des trois couvents des Jacobins, » des Cordeliers et des Carmes furent infectés de la nouvelle » religion. La maison du prieur de Saint-Martin fut ruinée, » l'église Saint-Martin démolie; un temple fut bâti sur ses » ruines, dans le Mercadil. Un moine y prêchait la dite » religion qui y était professée depuis plusieurs années » (4).

(') Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 367 : Extrait des registres secrets, f°* 119 et 120.

(s) Idem, ibidem.

(3) Histoire du protestantisme ù Bergerac... d'après les archives de la ville et autres documents officiels, par M. le docteur Rennes, officier de l'instruction publique, chevalier de la Légion d'honneur. Bergerac, 18G8, p. 11.

(*) Histoire du protestantisme à Bergerac, p. 12.

Au collège de Bergerac, nous dit le chanoine Tarde dans sa Chronique manuscrite des antiquités du Périgord, « un pédant écossais, aveugle et pour cela nommé Cœcus, gâte tout à fait la jeunesse, leur expliquant, au lieu de Virgile, les psaumes de Buchanan, l'éminent professeur du Collège de Guyenne, et leur inspirant le venin de l'hérésie. »

A Sainte -Foy, comme à Bergerac, la religion nouvelle fut adoptée par une assemblée générale dans la maison consulaire. Si l'on en croit le père Soulier, cette grave délibération subsista pendant près d'un siècle dans les registres municipaux.

Après cette décision, raconte le père Soulier sans indiquer les sources auxquelles il puise, « toute la jeunesse, ayant » à sa tête un prédicateur envoyé de Genève pour séduire » les Français, se rendit à l'église de Notre-Dame, renver- » sant les autels, brisant les images, et les prêtres qui ne » voulurent pas suivre cet exemple furent massacrez. De » là ces furieux se rendirent aux Cordeliers pour y faire une » semblable exécution. Quelques-uns des religieux, pour » ne pas s'exposer à la fureur de ce peuple animé par le » nouveau prédicateur, se marièrent sur l'heure, mais le » gardien et deux de ses compagnons n'ayant pas voulu faire » comme leurs frères, furent précipités du haut du clocher » de Notre-Dame sur le pavé. » (')

Dans les campagnes du Périgord se passaient aussi bien des actes de violences. Au bourg de Font-Rocque, près de Bergerac, les calvinistes réclamant un lieu de culte, les catholiques, par raillerie, leur avaient assigné le charnier

(!) Hàtons-nous de dire que l'ouvrage du prêtre Soulier porte la date néfaste de 1686, l'année qui suivit la révocation de l'édit de Nantes, et qu'il fut dédié par l'auteur à Louis XIV. Nous ne pouvons contrôler l'exactitude des récits qu'il renferme; mais ce livre est rempli de tant d'erreurs grossières, que nous avons le droit de suspecter les détails que nous venons de citer relativement à Sainte-Foy. En voici d'ailleurs le titre exact : Histoire du Calvinisme, contenant sa naissance, son progrès, sa décadence et sa fin en France, par M. Soulier, piètre; à Paris, chez Edme Couterot, etc., M. DC. lxxxvi, avec privilège du Roy. Dans l'Avertissement qui est en tête, Soulier félicite Louis le Grand d'avoir « sçû trouver le moyen de ramener les calvinistes dans le sein de l'Église sans guerre et sans effusion de sang » ! Il est difficile de mentir avec plus d'effronterie.

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