CHAPITRE XX
du cimetière. Tant qu'ils ne se sentirent pas les plus forts, les premiers se tinrent cois; mais quand ils surent qu'à Bergerac et ailleurs on prêchait ouvertement, ils voulurent en faire autant.
Un dimanche, au moment où Guillaume Robertie et autres paroissiens se disposaient à se rendre à vêpres comme d'habitude, un huguenot, appelé François Guibert, soutenu par quelques-uns de ses coreligionnaires, se présenta devant l'église disant « qu'ils avaient un ministre avec eux et qu'ils voulaient y faire le prêche ».
Mais les catholiques qui étaient en plus grand nombre, excités par Robertie, les empêchèrent de passer outre en fermant la porte de l'église.
Le mardi suivant, Robertie et Guibert, s'étant rencontrés au château de Puyguilhem, se prirent de querelle. Le dernier s'écria que ceux qui avaient fermé la porte de l'église « étaient tous cornards et meschans » .
Le même jour, huguenots et catholiques en vinrent aux mains près de Font-Rocque, sur le chemin qui conduit de ce bourg au château de Puyguilhem. Guibert ayant porté à Robertie un coup d'épée, celui-ci l'ayant évité, le frappa d'un violent coup de dague à la tète et l'étendit à ses pieds.
Arrêté sur la réquisition de la veuve du défunt, il fut condamné à mort par sentence du lieutenant-criminel au siège de Bergerac, dont il lit appel au parlement de Bordeaux. L'affaire traîna pendant plusieurs mois; mais dans l'intervalle, François Guibert obtint du roi des « lettres de rémission et pardon ».
Le Parlement remit l'affaire en cause, décida que les lettres royales seraient entérinées, mais pour la forme, condamna le meurtrier à cent sols d'amende destinés à « faire prier Dieu » en faveur de l'âme du défunt (').
Cependant YÉdit de Juillet portait ses fruits. A Bordeaux le lieutenant du roi, M. de Burie, se vit dans l'obligation
(!) Arch. départementales de la Gironde, série D, Parlement: Minutes des arrêta, porte!', loi et 1,7.).
d'interdire momentanément les assemblées publiques des calvinistes. A son corps défendant, il rendit le 3 septembre une ordonnance dans ce sens, à la suite d'une prédication où plus de mille religionnaires s'étaient trouvés réunis.
Il convoqua les jurats à l'Hôtel de Ville et pria le capitaine du Cbâteau -Trompette d'assister au Conseil qu'il tint à cette occasion.
Un avocat courageux et convaincu, Jelian Géraud, seigneur de Langalerie, près de Sainte- Foy, y prit la parole au nom des calvinistes. D'une voix éloquente et ferme, il soutint que les religionnaires avaient le droit de se réunir. C'était évidemment mal cboisir le terrain de la défense, puisqu'on était encore sous le régime de YÉdit de Juillet, qui interdisait les assemblées religieuses d'une manière absolue. L'heure n'était pas encore venue de parler au nom de la liberté de conscience.
Aussi M. de Burie se borna -t- il à faire connaître à M. de Langalerie « la volonté du Roy » (J).
(') Darnal, Supplément des Chroniques de la noble ville et cité de Bourdeaux, édit. de 1620, f° 75 v°. Dom Devienne, Histoire de Bordeaux, édit. de 1771, p. 133. La famille Géraud de Langalerie compte encore quelques descendants à Bordeaux ou à Sainte-Foy-la-Grande. L'archevêque d'Auch, chanoine d'honneur de la primatiale Saint-André de Cordeaux, est de ce nombre.
D'après Y Armoriai des Landes, les Géraud de Langalerie portaient « de gueules à une tour d'argent accompagnée de trois molettes d'éperon de même, deux en chef et une en pointe ».