CHAPITRE XXI
Assemblée «les gentilshommes calvinistes dans la ville d'Agen (septembre 1;>GI). — Une députation de pasteurs et de gentilshommes so rend à Lançon près de Bmïe. — Ce dernier reçoit a Bazas les protestations d'obéissance des réformés de Nérac. — Il so rend à Marmando et île là gagne la capitale de l'Agenais. — Assemblée tenue dans la grande salle du palais ôpiscupal (3 octobre). — Supercheries découvertes par Burie.
— Il rend aux catholiques le couvent des Jacobins. — Douceur apparente et momentanée de Moulue. — Burie donne aux calvinistes d'Agen l'église Sainte-Foy pour célébrer leur culte. — Lettres des Églises réformées de Guyenne à Catherine de Médicis. — Le parlement de Bordeaux et le clergé de cette ville sollicitent de la reine-mére des mesures de rigueur. — Députation à Paris du conseiller François de Baulon et de l'avocat Jehan de Lange. — Affaire do l'Église Saint-Remy à Bordeaux (1er novembre 1061). — Organisation militaire du syndicat catholique à Bordeaux.
— Lutte entre Burie et le Parlement au sujet de la célébration de la Cône a Bordeaux (décembre 1Ô61).
La nouvelle de tous les graves événements survenus en Agenais, augmentée de quelques « calomnies », étant parvenue à la reine-mère, Charles IX donna l'ordre à Burie de punir les coupables.
Cet officier, « grandement irrité, » prit des mesures immédiates pour convoquer l'arrière-ban d'Agenais, d'Armagnac et de Quercyf« afin, disait-il, de châtier les usurpateurs des temples et briseurs d'images ou d'autels. » Il sollicita du parlement de Bordeaux l'autorisation d'amener avec lui le jeune conseiller La Boëtie en Agenais, ce qui lui fut accordé (').
(!) M. de Burie devant s'absenter, Jacques d'Escars, baron de Merville, grand sénéchal de Guyenne, avait été désigné, par le roi, pour le remplacer; ses lettrespatentes furent présentées à la cour le 22 septembre. M. de Burie qui était présent « a supplié la Cour ne trouver mauvais si, pour le service du Roy, il menoit avec luy au pays d'Agenois, où il va pour réprimer les séditieux de la nouvelle religion, Me Etienne de La Boctie, conseiller du Roy.
» A quoy luy a esté respondeu qu'il pouvoit prendre pour le service du Boy, non seulement le dit La Boëtie, mais tel autre de la dicte Cour qu'il advizera. »
Un peu plus tard Me Jean de Pontac, greffier, demande à la Cour, de la part de Burie, une prolongation de congé pour l'auteur du Contre-un « parce qu'il s'en vont servir, non pour le mener aux champs, ains pour le retenir près de luy, en ayant à faire à toutes heures ; ce que la Cour lui accorda. » Bibliothèqie municipale de Bokdeai x, ois. 3G7, Extrait des registres secrets, f°s 124 et 125.
Pour aviser aux moyens de conjurer le péril qui menaçait leurs coreligionnaires, quelques gentilshommes calvinistes s'assemblèrent le 13 septembre dans la ville d'Agen; citons d'après Th. de Bèze, MM. de Mesmy ('), de Calonges, de Gastelsagrat, Lalane, Teysonnal, Catus et La Chapelle. Ils décidèrent sur-le-champ d'envoyer vers M. de Burie une députation composée des pasteurs Barelles et Jehan Voisin, auxquels s'adjoignirent MM: Teysonnat et La Chapelle.
Ce fut à Langon (2), petit port sur la Garonne, à dix lieues de Bordeaux, que les quatre commissaires rencontrèrent le lieutenant du roi de Navarre, gouverneur de la Guyenne. Ils étaient loin d'être rassurés sur ses intentions et furent agréablement surpris de son accueil à demi-sévère.
Ils commencèrent par « luy offrir toute humble obéissance en ce qu'il leur commander oit ». Cette marque de soumission l'adoucit tellement, qu'il leur parla d'une façon toute paternelle. En outre, dès qu'il put se convaincre par lui-môme de la fausseté des rapports fabriqués contre les calvinistes, il ouvrit son âme aux deux pasteurs qui avaient su gagner sa confiance, « leur advouant qu'il y av oit plus de vingt ans qu'il avoit cogneu la vérité (3). »
Le fait même de la conversion de Burie, affirmé par Théodore de Bèze, dont on ne saurait suspecter la sincérité, n'a rien qui nous surprenne. Depuis un quart de siècle, il avait assez fréquenté les ministres de l'Évangile à la cour de Jeanne d'Albret, pour que leur parole hardie ait pu changer le cours de ses croyances religieuses. Ce qui nous étonne, c'est qu'il ait cru devoir faire cet aveu, dont la nécessité nous est fort peu démontrée, et qui, dans les circonstances particulières où il se trouvait, prenait dans sa bouche un caractère d'extrême gravité. Pour dire toute
(!) Denis Daytz, seigneur de Mesmy, dont nous raconterons plus loin la triste fin, fut, parmi les gentilshommes de la Saintonge, un des premiers à saluer joyeusement la Réforme. Voyez chapitre XXX.
(2) Aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement et à 20 kilomètres nord de Bazas.
(3) Théodoré de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 793.