‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 153 sur 310 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

notre pensée, nous trouvons cette confession dangereuse de la pari, d'un capitaine chargé par le roi d'une mission répressive.

Quoi qu'il en soit, cette révélation dut combler de joie les députés calvinistes. Burie, qui venait de recevoir du roi des lettres « fort rigoureuses», les ouvrit en leur présence, et après les avoir lues, rassura les quatre commissaires, « leur promettant de rendre tésmoignage de leur obéissance. »

De Langon, il se rendit à Bazas, toujours accompagné d'Etienne de La Boëtie, conseiller au Parlement, et du prévôt général de Guyenne, nommé des Fourneaux.

Il reçut dans cette ville la déclaration de fidélité au roi des commissaires envoyés de Nérac. Mais il refusa de se rendre dans les États du roi de Navarre, laissant aux magistrats nommés par ce prince le soin de pacifier la contrée.

Il pensait d'ailleurs, avec juste raison, qu'il n'y avait pas grand'chose à faire de ce côté -là. Depuis que Jeanne d'Albret avait ouvertement pris parti pour le calvinisme, chacun s'était empressé de suivre son exemple. « A Nérac, tous estaient de bon accord, faisans tous profession de la Religion, voire jusques aux moitiés et moinesses ayant volontairement quitté le froc pour se joindre à l'église reformée ('). »

A Marmande, où Burie se rendit en sortant de Bazas, la noblesse des deux partis vint le rejoindre. Le chanoine Lalande, mieux fait pour porter les armes que pour servir un dieu de paix, s'y était rendu, suivi de ses adhérents, comme député des chapitres de Saint-Étienne et de Saint- Caprais; la magistrature y était représentée par le président Hermann Sevin, juge-mage d'Agenais, qui plus tard, à son tour, fit cause commune avec les calvinistes qu'il avait persécutés.

Tous, huguenots et papistes, présentèrent leurs hommages à M. de Burie et l'escortèrent jusqu'à Agen, où le lieutenantgénéral du roi fit son entrée le 3 octobre.

(') Tu. uk Bkze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. 1er, p. 795.

La nouvelle de la mission dont il était chargé s'était promptement répandue en Agenais; aussi de toutes parts accourait-on pour savoir comment tourneraient les événements. On ignorait encore si lit Guyenne serait ou non calviniste. Les politiques, les circonspects, ceux que n'abandonne jamais la prudence, venaient se rendre compte de quel côté souillait le vent.

L'assemblée fut tenue dans la grande salle de l'évêché ; le vicaire -général de l'évêque de Condom y prit le premier la parole pour dénoncer les excès commis dans l'Armagnac par les huguenots, « faisant, nous dit Théodore de Bèze, grandes plaintes fort calomnieuses et contre sa conscience. »

Mais il fut vivement rembarré par le lieutenant-criminel de la sénéchaussée de Condom, qui, rétablissant la vérité, défendit courageusement les calvinistes, « faisant grande honte à ceux des magistrats d'Agen qui estoient de la Religion, pas un desquels n'osa se présenter pour maintenir leur cause ('). »

Une requête fut présentée à Burie, au nom de toute la noblesse de l'Agenais, pour réclamer le rétablissement du culte catholique et tout particulièrement celui de la messe supprimée complètement depuis plus d'un mois. Les nobles demandaient en outre qu'il fût interdit à leurs vassaux ou tenanciers de suivre une autre religion que celle de leurs seigneurs. Proposition exorbitante, dont il est inutile de faire ressortir le ridicule à cette époque d'affranchissement de la pensée et de libre examen.

D'ailleurs cette requête fut désavouée, séance tenante, par tous les gentilshommes faisant profession de la religion réformée et par un certain nombre de catholiques auxquels elle n'avait pas été communiquée. Elle fut donc écartée, à la grande confusion des signataires.

Après quoi, le lieutenant du roi dut écouter les justes doléances des réformés « de Moissac, ville qui dépendait du gouvernement de Guyenne, bien qu'elle fût comprise dans

(') Th. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier.

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