CHAPITRE XXI
le ressort du parlement de Toulouse ». Chassés par les catholiques qu'excitait le cardinal de Guise, leur abbé, ces malheureux sans asile demandaient à rentrer dans leurs maisons.
Les calvinistes d'Auch en Armagnac étaient absolument dans le même cas. Burie donna des ordres pour que les uns et les autres fussent réintégrés dans leurs demeures, mais ces prescriptions ne furent point écoutées.
Les troubles d'Agen occupèrent la fin de la séance. Les magistrats hostiles à la Réforme, Pierre Redon, Hermann Sevin, Martin de Las, Martial de Nort et le chanoine Lalande, réclamèrent énergiquement la punition des iconoclastes ; ils demandaient que ceux qui s'étaient assemblés en armes ou avaient parcouru les campagnes, brisant temples et autels, fussent punis de mort et les contumaces exécutés en effigie.
Burie, espérant sans doute ramener les coupables par des moyens moins rigoureux, répondit simplement qu'il en aviserait avec son Conseil.
Il employa l'après-diner à visiter le couvent des Jacobins dont les huguenots s'étaient emparés. On les accusait de s'y être fortifiés par des ouvrages de guerre et d'y avoir élevé des bastions. Une dénonciation faite contre eux auprès de Charles IX affirmait les faits. Les fortifications n'avaient jamais existé que dans l'imagination des fanatiques. Indigné de leur impudence, Burie « fit de grands reproches à ceux qui auoient informé le Roy de telles bourdes » (').
Il était d'ailleurs très froissé de ce qu'on avait essayé de le tromper au moyen d'une supercherie assez grossière.
Pour grossir le petit nombre de moines qui vinrent se jeter à ses genoux, réclamant des meubles et des ornements qu'ils n'avaient jamais perdus, on avait fait endosser la robe des Jacobins et prendre le froc à des gens qui n'avaient rien moins que la vocation monacale. L'un d'eux, maréchalferrant de son état, fut reconnu par un gentilhomme, qui (') Th. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Éylises réformées, t. Ier.
démasqua cette imposture et en avertit Bu rie. Les frocards détalèrent au plus vite, et l'on juge des gorges chaudes qu'amena cet incident burlesque.
Les prédications calvinistes se continuèrent provisoirement au couvent des Jacobins; un grand nombre de gentilshommes des meilleures maisons de la province y assistaient régulièrement. MM. de Caumont-La Force (*), de Pardaillan (2), le sénéchal d'Armagnac, le prévôt général M. des Fourneaux et même quelquefois M. de Biron (3), dont la maison servit alors de refuge à beaucoup de malheureux sans asile.
Sur ces entrefaites, M. de B oussanes, conseiller au présidial, revint du colloque de Poissy, où il avait été député par les calvinistes d'Agen avec Bléreau, l'avocat bordelais. Il rapportait à M. de Burie des lettres de Charles IX, de Catherine de Médicis, du roi de Navarre et de Jeanne d'Albret.
Burie les ayant ostensiblement communiquées au ministre Barelles, les calvinistes, pensant que les nouvelles leur étaient favorables, en conçurent l'espoir de conserver pour leur culte l'église des Jacobins.
Mais l'influence de La Boëtie changea les résolutions de Burie. L'auteur de la Servitude volontaire « ne se souciait pas beaucoup de la religion romaine », dit Théodore de Bèze, mais y étant sollicité par François de Durfort, baron de Béjaumont, sénéchal d'Agenais, il prit en main la cause des jacobins.
Il fit observer à Charles de Coucy que la rumeur publique
(!) Haut et puissant seigneur rnessire François Nompar, chevalier, baron de Caumont, fils aîné de Charles de Caurnont et de Jeanne de Pérusse d'Escars ou des Cars; il ne se maria point et mourut vers 1562. Un de ses frères, qui portait le même prénom que lui, fut le père du maréchal de La Force.
(s) Trois frères portaient ce nom : Bérard de Ségur, sieur de Seiches et de Labarrière, dit le baron de Pardaillan; Joachim de Ségur, sieur du Grand-Puch, qui fut mestre de camp dans l'armée calviniste, et Jehan de Ségur, le plus jeune, sieur de Pardaillan. Leur sœur avait épousé M. de Vaillac, gouverneur du Château-Trompette à Bordeaux.
(3) Armand de Gontaud, baron de Biron, qui fut grand-inaitre de l'artillerie, et plus tard, en 1577, lieutenant-général en Guyenne en l'absence du roi de Navarre.