‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 155 sur 310 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

accusait les huguenots de faire des «monopoles y>, c'est à dire «1rs assemblées politiques dangereuses pour la sûreté de l'État, et de vouloir se constituer en cantons à l'instar de la Suisse. 11 lit ainsi naître dans l'esprit de Burie des craintes plus ou moins légitimes.

Les calvinistes, inquiets de ce revirement, eurent alors la singulière idée de s'adresser à un auxiliaire qui dut sourire malicieusement en recevant leur requête, car ils n'avaient pas de plus cruel ennemi.

Le capitaine Biaise de Monluc, car c'est à lui que les calvinistes eurent recours, s'était momentanément retiré dans sa maison d'Estillac. Théodore de Bèze affirme, à plusieurs reprises, qu'il penchait alors du côté de la Ptéforme.

D'après ce dernier, Monluc avait appris « que les affaires de la religion se portaient fort bien à la Cour », que l'autorisation contresignée par son frère l'évêque de Valence avait été accordée aux protestants de célébrer la Cène comme ils l'entendaient, et le rusé compère pensa qu'il était de bonne politique de favoriser les dissidents.

A ces raisons fort acceptables, l'historien des Églises réformées en ajoute une autre d'une nature plus grave : c'est que depuis longtemps Monluc cherchait « à démembrer le gouvernement de Guyenne en plusieurs pièces pour en avoir sa part » ('). C'est là, nous le répétons, une affirmation bien grave, d'ailleurs aussi difficile à prouver qu'à contredire.

Toujours est-il que pour le moment ce loup-cervier rentrait ses griffes et faisait le doucereux.

Lors de la requête qui réclamait la mort des iconoclastes, il émit tout haut cet avis qu'il était préférai île de les envoyer pendant trois ans en Lorraine ou en Piémont porter les armes «pour le service du Boy». Il lui échappa même de dire qu'avant peu la papauté serait abattue, et « que ces ventres bénéficiers perdraient leur marmite ».

(') Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. I", p. 797. — Le lecteur trouvera dans le volume qui suivra celui-ci les preuves de la trahison de Moulue et de ses relations criminelles avec le roi d'Espagne à partir de 1503.

Il poussa la condescendance jusqu'à donner un ministre aux réformés de Gontaud.

Pour ce qui est du couvent des jacobins, il disait toujours qu'il valait mieux y loger les ministres que « dix ou douze ventres paresseux et autant de... filles ». L'expression dont il se sert pour désigner ces dernières est beaucoup plus énergique que la nôtre (').

Toujours est-il qu'il échoua. Burie, sollicité par MM. de Lauzun, de Montferrant, de Lagnac, Fumel, etc., persuadé surtout par les bonnes raisons que lui donnait La Boëtie, réintégra le 10 octobre les dominicains dans leur couvent.

A peine réinstallés, ceux-ci commencèrent une série de prédications fort dangereuses auxquelles assistait Béjaumont, sénéchal d'Agenais, et toute la noblesse catholique.

Comme compensation, Burie donna par écrit l'autorisation aux calvinistes de célébrer leur culte dans l'église Sainte-Foy, sous la protection du prévôt général ou de l'un des consuls, M. de Boussanes, qui partageait leurs croyances. L'un des diacres y faisait la prière, et le pasteur ne montait en chaire que pour la prédication.

Il semble que cette décision si équitable aurait dû satisfaire tout le monde. Il n'en est rien. Martial de Nort et les autres consuls catholiques cherchèrent à faire exclure du Conseil de la ville leur collègue Boussanes, à cause de ses convictions religieuses. Puis, le clergé, qui n'est jamais satisfait, même quand on lui donne ce qu'il demande, se plaignit au gouverneur, disant qu'il aurait mieux valu octroyer aux calvinistes le couvent des Jacobins qu'une paroisse de la ville.

Cette fois, Burie, exaspéré par leurs prétentions, entra dans une « grande colère » . Il chassa de chez lui les prêtres qui l'étaient venus trouver, les menaçant du dernier supplice s'ils contrevenaient à ses ordonnances.

Il défendit aux huguenots, sous peine d'être pendus, de s'emparer désormais d'aucun autre édifice consacré au culte. Il décida que dans les localités où il y aurait deux églises, la

(3) Histoire ecclésiastique des h'ijlises réformées, t. Ier, p. 798.

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