CHAPITRE XXI
principale appartiendrait aux catholiques, l'autre aux calvinistes; mais que s'il n'y en avait qu'une, elle servirait aux deux cultes et que les parties s'accommoderaient entre elles des heures qui leur conviendraient le mieux, « afin que les deux religions fussent libres. »
Malheureusement, ces dispositions si sages furent mal accueillies des papistes, et Charles de Coucy dut constituer avant son départ deux commissions de surveillance, l'une composée de douze catholiques, l'autre d'un pareil nombre de calvinistes pour venir en aide aux magistrats (').
Indignés des calomnies répandues sur leur compte dans le but de fausser l'opinion publique ou de les perdre dans l'esprit de la reine -mère, les calvinistes de la Guyenne se réunirent en synode provincial dans la ville d'Agen. De là le 41 octobre, ils adressèrent à la reine-mère une supplique destinée à protester contre les crimes qu'on mettait à leur charge.
« Madame, disaient-ils à la régente, les cris de nos adver- » saires sont venuz si grandz jusques en la présence du Roy, » qu'ilz ont contrainct Vostre Majesté d'ordonner la venue » de M. de Burie en Gascoigne pour chastier les autbeurs » des causes de telles plainctes
» Ceulx de l'Église réformée ont cogneu, Madame, que » d'entrer en jugement c'estoit faire paroistre leur innocence, » de laquelle nous sommes très certains et en conscience et » par bonnes et légitimes preuves ; néanmoins qu'il falloit » plus tost par une entière obéissance oster le préjudice de » rébellion duquel nos adversaires nous ont tousjours, à bien » grand tort, accusés.
» Suyvant ceste délibération, nous sommes présentez à » mon dict sieur de Burye, pour le service du Roy et son » commandement mesmes, nous soubzmettant du tout à son » jugement pour le faict de sa commission, le suppliant qu'il » luy pleust nous faire justice, selon ce que nous luy ferions » deuement apparoistre.
(') Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 7'J'J.
» La ruse de nos adversaires a esté grande à longuement » empeseher ledict sieur de les ouïr, faisant couler le temps » en obtenant tousjours quelque provision à leur advantage; » et ledict sieur prenant son chemin vers d'autres lieux, pour » mesme faict, nostre cause demeure non cogneue et nostre » innocence ensevelye au grand préjudice de la religion et » dommage irréparable de plusieurs des nostres »
Cette lettre, dont nous ne pouvons donner ici qu'un fragment, fut remise à Catherine de Médicis par l'un des pasteurs d'Agen, M. de La Porte; elle portait cette suscription : A la Royne... ceulx des Esglizes réformées de Guyenne^).
Mais les calvinistes avaient fort à faire pour se laver des accusations portées contre eux par les catholiques et en particulier par ceux de Bordeaux. Après avoir chargé le conseiller François de Baulon d'une mission pour la reinemère, ces derniers lui avaient adressé le procureur général, M. de Lescure, qui partit à son tour(2), dans la première quinzaine de septembre.
Peu de jours après, le 25, M. de Lange, chargé de porter à Catherine de Médicis certains « mémoires » rédigés avec art, l'ut « commis par le clergé pour faire le voyage à la cour(3) ».
On lit dans les registres capitulâmes de Saint-André, où nous trouvons tant de mentions précieuses pour l'histoire : « Le Chappitre lui baillera soixante livres tournois et Sainl- Seurin quarante livres (4) ».
Les chanoines de la collégiale Saint-Séverin-hors-les-murs oubliaient momentanément leurs vieilles rancunes contre leurs confrères de la piïmatiale et s'unissaient à eux pour combattre l'ennemi commun.
Les intrigues de Jehan de Lange nous sont révélées en
(*) Documents inédits pour servir à l'histoire de l'Agenais, p. 9i et 95.
(s) Une lettre du 7 septembre annonçait à la reine-mère sa prochaine arrivée auprès d'elle. (Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, vol. 15875, p. 223.) Voyez Archives historiques de la Gironde, t. XIII, p. 162.
(3) Arch. départementales de la Gironde, série G, Chapitre Saint-André. Capilulaires, reg. 350, f° 211.
(*) Idem, ibidem.