CHAPITRE XXI
quelques lignes par le chroniqueur Darnal, qui n'esl pas suspect de partialité pour les catholiques. Il nous apprend dans le Supplément cl la Chronique bourdcloise qu'en 1561 «.plainte fut déposée contre M. de Lange, advocat, lequel porté de zèle à la religion catholique, apostolique et romaine, csmouuait les habitants de la ville de créer un scindic et faisait de grandes assemblées desquelles ne pouvait naître que sédition (').
Il se forma bientôt dans la ville sous cette appellation, très inoffensive en apparence de syndicat, une véritable ligue d'hommes fanatisés, « qui à coup sûr n'était pas le parti catholique, mais qui le dominait par ses fureurs et finit par régner despotiquement dans Bordeaux (2). »
Beaucoup de gens de la ville et même un certain nombre d' « ecclésiastiques » avaient fait des commandes d'arquebuses et autres armes. Des plaintes furent adressées à ce sujet à M. de Bu rie, qui à son tour en informa les jurât s, par l'intermédiaire de M. de Salignac(3).
Le Registre de la Jurade de i56i, auquel nous empruntons ces détails, porte la mention suivante :
« A esté ordonné que ung chescun de Messieurs les Jurats n'iront et visiteront les serruriers [pour savoir] d'iceulx qui leur ont commandé fayre des arquebuses; et après, quel nombre d'arquebuses ils ont en leurs maysons, et pour ce fayre, procès-verbal en estre par eulx rapporté, et icelluy ouy, en estre faict rapport à M. de Burie(l) ».
De son côté le Parlement rendit le 30 octobre une nouvelle ordonnance pour défendre « à toute manière de gens de quelque estât qualité et condition » qu'ils fassent, « de s'injurier, quereller ni irriter l'ung l'autre; » et plus particulièrement aux réformés « d'envahir les églises et cimetières d'icelles, d'empescher ou d'interrompre le service divin, de
(0 Darnal, édition de 1020, f° 44 r».
(*) Henri Riiîauieu, l'Antiqvité de Bovrdcav.i, notice sur Élie Vinet, p. xxxvi. (3) Arcii. municipales de Bordeaux, fragments du Keainlra de la Jurade do 1561.
(M Idem, ibidem.
rompre les croix, de forcer les portes et serrures, etc., le tout à peine de la hart. »
Enfin, par le même arrêt, la Cour défendait « à tous marchans, artisans ou revendeurs» de travailler le dimanche, de tenir leurs boutiques ouvertes les jours de fêtes solennelles, sous peine de mort et de confiscation des marchandises exposées (').
Une pareille situation était trop tendue pour que bientôt une rupture violente ne survint pas entre huguenots et papistes. Ce fut le 1er novembre, jour de la Toussaint, qu'une étincelle mit le feu aux poudres.
Un moine prêchait à Saint-Remy, petite église paroissiale qui existe encore ; c'était probablement le père Masentin ; la nef, aux proportions exiguës, était remplie de monde. Deux calvinistes entrèrent dans l'église pour demander la clé du cimetière.
Quelques protestants, fort attristés, les attendaient au dehors. Ils venaient d'apporter le corps d'un enfant mort aux Chartreux pendant la prédication. Il est nécessaire d'expliquer : 1° que la paroisse Saint-Remy s'étendait le long de la rivière depuis la rue qui porte ce nom(2) jusqu'au faubourg des Chartreux où, nous l'avons dit, les calvinistes avaient un lieu de culte ; 2° que ces derniers ne possédaient pas encore de cimetière et se servaient de celui des catholiques.
A la vue des réformés qui se retiraient paisiblement, un capitaine de marine nommé Sauvât, suivi de quelques étourdis de son calibre, sortit précipitamment et se rua sur ces gens inoffensifs (3).
Ceux-ci, se voyant attaqués, repoussèrent les assaillants jusque dans leur église. « L'efj'roy fut si grand, que les uns
(*) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 155.
(2) On voit encore, dans la grande salle de la Bourse, une vieille plaque de inarbre scellée dans l'un des piliers et portant cette inscription : Tronc pour les pauvres de la paroisse Saint-Rerny.
(3) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. 1er, p. 78b\