CHAPITRE XXI
prcsché en la présente ville dès longtemps, tellement que de sa prédication en estoit sorti grand fruict », mais qu'il était dans l'intention d'aller exercer ailleurs son ministère, « que ce seroit par ce moyen despourueoir la ville de prescheur, en laquelle, pour la nécessité qui estoit à présent, seroit besoing y en avoir quelqu'un docte et capable, » le Parlement ordonne au père Masentin de rester à Bordeaux et d'y continuer ses prédications (1).
C'était une décision fatale dans un moment où il aurait fallu, tout au contraire, chercher par tous les moyens à calmer l'effervescence des esprits. Le Parlement assumait donc une grande responsabilité, puisque les prédications du père Masentin étaient dirigées contre les huguenots.
Aussi, peu de jours après, les statues qui décoraient le portail de la Grande- Observance, l'un des couvents occupés par les franciscains, furent-elles renversées pendant la nuit.
Par arrêt du 17 novembre, la Cour ordonna qu'une procession expiatoire serait faite le dimanche suivant; que le Parlement y assisterait en corps, et que « les images abattues ser oient replacées » (-).
Le maire de Bordeaux, Carie de La Roquette, venait de mourir; la Cour enjoignit aux jurats de procéder sans retard à l'élection de son successeur ; elle leur recommanda de choisir un homme « de bonne conscience et aymant Dieu » .
Le choix de ces magistrats municipaux se porta sur messire Antoine de Noailles, chevalier, déjà capitaine du château du Hâet, comme tel, gouverneur de la ville.
C'était un homme d'un esprit cultivé, qui comptait alors cinquante -sept ans. Jeune encore, il avait été chargé de missions importantes militaires ou diplomatiques, et s'en était acquitté de manière à s'attirer des éloges. Il était, du reste, fort bien en Cour et, faveur très recherchée, figurait
(') Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 155.
(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 369, f» 308 v°.
depuis plus de trente ans sur le rôle des cent gentilshommes de la maison du roi (').
Ses relations avec M. de Burie n'étaient pas des meilleures ; quant à M. de Vaillac, capitaine du Château-Trompette, il se plaignait sans cesse de ses usurpations de pouvoir. Noailles n'était pas non plus au mieux avec les jurais et le Parlement; aussi n'est-ce pas sans hésitation qu'il accepta les fonctions si honorables qui venaient de lui être confiées.
Le 24 novembre, il écrivait à l'évêque de Dax :
« Monsieur mon frère, j'estime que vous aurez sceu » plustost que moy par la voye de la poste l'eslection que » Messieurs les jurats et aultres notables personnages de » la ville de Bourdeaux ont faicte de moy pour estre leur » mayre, en quoy je me suis trouvé autant déceu (surpris) » que de nulle autre chose qui m'eust sceu advenir. Toutes » fois si je ne puis que beaucoup estimer le zelle et l'affection » de ces gens de bien qui ont enfin cogne u que je les ay » tousjours aymez, et pour ce que je ne puis accepter ceste » charge sans avoir exprès commandement du Boy, je vous » prie, Monsieur mon frère, d'en sonder l'intention de la » Boyne mère et du Boy de Navarre, et si tant est qu'ils » l'ayent agréable, m'en faire escripre une lettre du Boy » d'exprès commandement pour accepter la dite charge, » laquelle à la vérité me contente de tant plus que je scay » que aulcuns m'ont dict et d'aultres escript que ceste » compagnie et les magistrat" de ville me tenaient un » mauvais compte, etc. (2). »
Le jour où Noailles écrivait cette lettre, M. de Vaillac recevait l'ordre de se rendre au palais de l'Ombrière. Il dut, suivant l'usage, quitter son épée avant de se présenter devant le Parlement, fort susceptible en matière d'étiquette.
(') Voyez au sujet d'Antoine de Noailles l'intéressante brochure publiée en 1878 par M. Tamizey de Larroque. (Bordeaux, Charles Lefebvre, libraire-éditeur.)
(s) Cette lettre, publiée in-extenno dans la brochure de M. Tamizey de Larroque, Antoine de Noailles à Bordeaux, est datée de La Faige, ce 24 novembre 1561. L'évêque de Dàx était alors à la Cour.