‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 16 sur 310 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Gomme le clerc de ville, Jehan de Ciret, Gandeley avait donné son adhésion à la doctrine des luthériens.

Parmi les nouveaux professeurs appelés au collège de Guyenne, trois autres étaient dans les mômes dispositions d'esprit : Nicolas de Grouchy, Guillaume Guérente et Antoine de Gouvéa, frère du principal (4).

Depuis quelques années déjà, la France était parcourue en tous sens par des hommes appelés contre-porteurs, qui, chargés d'une halle de mercerie, se présentaient dans les châteaux, dans les villages et même dans les villes pour y débiter leurs marchandises. Sous les quelques objets d'ajustement dont ils étaient porteurs, se cachaient des livres d'un petit format qu'ils vendaient pour un prix très minime ou, le plus souvent, distribuaient gratuitement.

Ce qu'ils semaient ainsi au péril de leur vie, car s'ils étaient pris on ne leur faisait pas de grâce, c'était la Bible traduite du grec et de l'hébreu par Olivétan, en 1517, ou la traduction française du Nouveau Testament publiée, en 1522, par Lefebvre d'Étaples.

« Par l'entremise de telles gens, dit Florimond de Rémond, le mortel ennemi de la Réformation, en peu de temps la France fut peuplée de Nouveaux Testaments à la française, et la sainte parole prostituée à toutes sortes de gens. Ils s'écartaient partout pour débiter : Bibles, catéchismes, boucliers et autres tels livres. Ces postillons et courtiers de si mauvaise marchandise devinrent bien souvent la proie et la part des flammes auxquelles on les jetait, surpris sur le fait du délit de ce qui, par les lois, leur estoit défendu » (2).

Plusieurs d'entre eux vinrent à Bordeaux, et soit par l'intermédiaire de libraires auxquels ils étaient adressés et qu'on savait être favorables à l'Évangile, soit par quelques

i1) Voyez au sujet de ces trois éminents professeurs : Histoire du Collège de Guyenne, par E. Gaulmeur, p. 87 à 90.

(2) Florimond de Rémond, Histoire de la naissance, progrès et décadence de l'hérésie, Paris, 1005, f° 170 r°. On trouvera plus loin le récit de l'arrestation et de la mort de quelques-uns do ces courageux colporteurs.

externes dont les parents les avaient bien accueillis, ils firent entrer leurs petits livres au Collège de Guyenne, où se trouvaient des hommes comme Sainte -Marthe, Zébédée, Grouchy, Guérente et bien d'autres encore, tous disposés à les recevoir.

Le Parlement, instruit de ce qui se passait, invita le Principal et ceux de ses professeurs qui, sans doute, étaient plus particulièrement compromis, à se présenter à sa barre. Les Registres de la Jurade constatent qu'à cette époque Gouvéa fit une courte absence, et c'est précisément pendant cet intervalle que l'invitation de comparaître devant la Cour fut remise à son domicile'.

Aussitôt après son retour, le 13 novembre 1534, Gouvéa n'eut rien de plus pressé que de se rendre au palais de l'Ombrière, en compagnie des régents du Collège de Guyenne, pour expliquer les motifs de son absence et prier le Parlement d'agréer ses excuses et celles de ses professeurs.

Les explications une fois acceptées, interdiction leur fut faite « de tenir au collège des livres défendus par la Sorbonne » (*).

Huit jours après, le 21 novembre, André de Gouvéa partait pour Paris dans l'intention d'y recruter les professeurs qui lui manquaient, et les jurats confiaient la direction du collège à un moine dominicain nommé Goynelli. Ce fait est d'autant plus étrange que parmi les régents se trouvait l'illustre Antoine de Gouvéa, frère du principal, l'un des plus grands savants du seizième siècle. Mais Antoine était soupçonné d'hérésie.

L'attention du Parlement était éveillée; une surveillance rigoureuse fut établie sur les boutiques des libraires; aussi le 4 mars suivant, la Cour, informée que l'un d'eux avait reçu plusieurs balles de livres, chargea Mes Guillaume de Lanne, auditeur de l'archevêque de Bordeaux, et Bernard de La Barrière, chanoine de Dax, d'en dresser avec soin

(!) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des Registres secrets du Parlement, mss. 367, 369, 370.

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