‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 17 sur 310 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l'inventaire, afin de savoir s'il y en avait dont la lecture fût interdite.

Le 9, les deux commissaires ayant examiné le contenu des balles, remirent au président une liste de livres « réprouvés par censures de Monseigneur de Bordeaux», qui furent immédiatement confisqués (1).

Mais le Parlement, quel que fût son zèle, ne pouvait pas tout voir et tout apprendre. Bien des exemplaires du Nouveau Testament et bien des petits livres proscrits par l'Église romaine pénétraient dans la ville et dans la province ; l'œuvre d'évangélisation se faisait à petit bruit et gagnait ebaque jour du terrain. La Cour, forcée de reconnaître toute la gravité du mal, ne trouva rien de mieux que d'ordonner le 18 décembre 1534 « une procession générale » fixée au «lundy fête de Saint- Thomas », pour solliciter de Dieu, par l'intervention de ce vieux sceptique, « la conservation de la foi chrétienne » (2).

Gouvéa, comme nous l'avons dit, n'était point à Bordeaux ; parti de cette ville le samedi 21 novembre et voyageant à petites journées, selon la coutume d'alors, il dut arriver du 12 au 15 décembre à Paris, où il se proposait de recruter des régents pour le Collège de Guyenne. Parmi les cinq professeurs qu'il ramena de la capitale, deux au moins avaient donné leur adhésion aux dogmes évangéliques : Mathurin Cordier, l'ancien précepteur de Calvin, et son ami dévoué, Claude Budin.

Mathurin Cordier, sur qui j'appelle tout particulièrement l'attention du lecteur, mériterait d'être plus connu qu'il ne l'est encore, bien que les remarquables travaux publiés sur lui par M. Jules Bonnet l'aient déjà tiré de l'oubli.

Peu d'hommes ont laissé une réputation plus complète et plus légitime de savoir, de modestie et d'honnêteté. Né en 1479, il mourut à un âge très avancé; sa vie,

(4) Ribuotiikque municipale de Cordeaux, rnss. 367 et 3G9, t. Ier, f° Ft>2. (!) Idem, ibidem.

jusqu'au dernier moment, fut employée à instruire la jeunesse. Les services qu'il rendit à l'enseignement sont incalculables.

Il fit ses études à l'Université de Paris, et « devenu, par un labeur sans relâche, savant grammairien et humaniste habile, il passa promptement du banc des écoliers dans La chaire des maîtres ». Il enseigna successivement à Paris dans les cinq collèges de Reims, de Lisieux, de La Marche, de Navarre et de Sainte-Barbe. C'est au collège de La Marche, en 1524, qu'il avait été le professeur de Calvin, alors âgé de quatorze ans.

Déjà la Réforme avait pénétré dans la capitale : elle comptait des adhérents dans toutes les classes de la société. « Ce fut dans l'intimité d'un célèbre imprimeur, dans cette maison des Estienne, moins semblable à un atelier qu'à une académie (*), que Cordier apprit à connaître la nouvelle doctrine qui répondait à tous les besoins de son esprit, à toutes les aspirations de son cœur. Elle fut dès lors l'âme de son enseignement » (2).

Un moment, vers l'an 4534, on put croire à Paris que l'Évangile allait triompher. Louise de Savoie n'existait plus, Marguerite d'Alençon protégeait les novateurs, François Ier lui-même semblait pencher du côté de la Réforme; un excès de zèle de la part de quelques religionnaires vint changer la face des choses. Le 18 octobre 1534, des «placards» contre la messe furent apposés sur les places publiques, aux portes des églises et à l'entrée même de l'appartement royal. François Ier, qui venait d'avoir avec le pape une entrevue à Marseille et qui avait tout intérêt à le ménager, entra dans une violente colère. Les persécutions commencèrent. Plus de quarante personnes furent décrétées d'accusation, parmi lesquelles Clément Marot et Mathurin

(*) « Robertus Stephanus amicorum meorum intimus, quo primum doctore ad Evangelii coynitionem usus fueram. » (Mathurin Cordier, préface des Colloques.)

(2) Jules Bonnet, Eludes historiques et surtout Nouveaux récits du seizième siècle, Paris, 1870.

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