CHAPITRE XXI
les ministres, « car, dit-il, ils prêchent la vraie parole et l'entière pensée de Dieu.-» Il demanda que ses déclarations fussent transcrites au registre du Conseil (').
Malgré ses protestations, la Cour passa outre; elle décida que « défenses expresses seraient faites à tous présidents, conseillers et autres officiers du parlement de Bourdeaux d'aller ouïr les prêches des ministres et de ne se trouver en leurs assemblées ny consistoires » .
Pour prendre cette grave décision, on profita de l'absence momentanée du premier président Lagebàton, retenu par son service à Paris (2); mais il ne tarda point à en être informé. Connaissant les façons d'agir du président Roffignac, il n'eut pas de peine à deviner d'où partait le coup. Il jugea nécessaire d'écrire à Catherine de Médicis :
« Madame, j'ay esté adverti que ces jours Messieurs de la » Cour de parlement de Bourdeaux ont faict une ordonnance » par laquelle ils interdisent la postulation à tous les advocatz » qui ont assisté aux presches des ministres, et ordonné qu'il » seroit informé contre ceux de ladicte Cour qui pareillement » y ont assisté, afin de leur interdire aussi l'administration » de leurs estatz. Et que, semblablement, les catholiques de » ladicte ville ont créé six syndics d'entre eulx, pour descrire » les noms de ceulx de leur parti ; et qu'aussi, ceulx de la » nouvelle religion n'y dorment pas de la leur. Au moyen » de quoy, et pour ce qu'il est à craindre que ladicte Cour » ne soit pas bien obéie (3) en l'exécution de sa susdicte » ordonnance et que la partialité susdicte n'engendre quelque » mauvaise conséquence, le bon plaisir de Vostre Majesté
(l) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, mis. 367.
Il était parti de Bordeaux le 20 novembre, en compagnie de réminent jurisconsulte Arnaud de Perron, conseiller au Parlement. Il avait reçu de cette compagnie la mission d'obtenir du roi que la sénéchaussée d'Armagnac fût replacée dans le ressort du parlement de Guyenne.
(3) M. Tamizey de Larroque, en transcrivant cette pièce à la Bibliothèque nationale, a écrit : « Il est à craindre que la dicte Cour ne doit pas bien obéir, » phrase qui n'a pas de sens. (Arch. historiques de la Gironde, t. X, p. 320.) Ou peut bien pardonner cette légère distraction et même quelques autres, à l'infatigable travailleur auquel pn doit la connaissance de tant de documents précieux pour l'histoire de notre pays,
» sera, Madame, mettre au tout tel ordre que mieulx, il vous » plaira ordonner, etc. (1). »
Des actes blâmables avaient d'ailleurs été commis à Bordeaux par les huguenots depuis le départ du premier président : les croix placées sur le chemin du faubourg Saint-Seurin venaient d'être renversées, ainsi que les statues qui se trouvaient auprès (2).
Le Parlement, chambres assemblées, donna l'ordre au lieutenant-criminel, ainsi qu'à l'avocat et au procureur du roi au présidial de Guyenne, de se transporter immédiatement sur les lieux et de commencer une enquête.
Les doyens et chanoines de la collégiale Saint-Seurin furent entendus, ainsi que les témoins désignés par eux. Au nombre de ces derniers se trouvait « un fournier » dont l'incarcération dans les cachots du présidial avait été jugée nécessaire, et de plus un des quarante soldats du château du lia. Chargé par la femme du gouverneur, Jeanne de Gontaut, dame de Noailles, de porter un paquet au bourg de Saint-Seurin, il avait été blessé par les iconoclastes, probablement pour avoir voulu s'opposer à leurs actes de destruction.
Ceux des calvinistes qu'animait une piété sincère furent désolés de cet incident qui nuisait à leur cause et dont leurs ennemis ne manquèrent pas de s'emparer.
A cette occasion les gens du syndicat s'agitèrent tellement, que M. de Burie, inquiet de la tournure que prenaient les choses, assembla dans sa maison les principaux des catholiques et des réformés, pour les exhorter à vivre en bonne intelligence.
Voyant que ses efforts étaient inutiles, il se rendit au Parlement, où la situation fut discutée fort longuement (3). L'avocat de Lange, en réponse aux accusations portées
(*) Bibi.iothkqie nationale : Fonds français, ms. 15875, p. 142.
(*) Argh. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portef. 156, audience du 5 décembre 1561.
(3) Dom Devienne, religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, Histoire de la ville de Bordeaux, édit. de 1771, p. 134.