CHAPITRE XXI
contre lui, fit la lecture d'un mémoire dont nous extrayons quelques passages :
« Nous n'ignorons pas, disait-il, que sous aucun prétexte » on ne peut en France assembler, créer syndics, officiers » ou administrateurs, sans le bon gré et permission du Roy. » Ceux pour qui je parle protestent ne vouloir innover en » rien, ni préjudiciel' à l'autorité royale; mais, après les » dites protestations, ils croient devoir remontrer à la Cour » que, sous prétexte de religion, il s'est élevé des schismes » et des divisions telles qu'on n'en a jamais vu en France. » Ces divisions n'existent pas seulement de province à » province, ni même de ville à ville, mais dans les mêmes » pays, dans les mêmes villes, dans les mêmes maisons, où » le mari se trouve divisé de sa femme, le père du fils, le » frère du frère, les parens entre eux, ainsi que les voisins, » chose monstrueuse qui tend évidemment à la ruine de » l'Etat, si on n'y apporte le remède le plus prompt et le » plus efficace.
» Le vrai frein des peuples est l'observation des édits
» et ordonnances du Roy qui prescrivent un rapport parfait » entre la conduite et la croyance, chose bien différente de » l'opinion de ceux qui veulent persuader qu'on doit tolérer » des religions toutes diverses.
» La Cour est suppliée de considérer que dans Bor-
» deaux s'est élevée une nouvelle Église, qui se dit chrétienne » et prêche le pur Évangile ; ce qu'après avoir fait en » particulier, ils font prêcher maintenant en public, au » mépris des édits ou ordonnances par des gens sans mission » et sans aveu; ils font des associations et des bourses «communes non autorisées par les lois; ils ont des mi- » nistres, des confidens, des surveillans, des protecteurs à » gages ; ils tiennent des synodes et des consistoires deux » fois la semaine, toutes choses plus propres à exciter des » séditions qu'à établir la Religion; ce qui a déjà abusé une ^infinité de peuple, d'où il s'en est suivi quantité de » désordres dans la province, comme meurtres, sièges de
«villes, etc.; que la douceur avec laquelle on les traite ne » fait que les enhardir davantage. On n'entend plus parler » que d'églises abattues, d'images renversées, de maisons » mises au pillage, d'assemblées en armes, etc.
» — Le temps est donc venu qu'il ne faut plus user d'une » médecine légère, mais de la forte et de la dernière, qui est » sans dissimulation, sans rien épargner, de faire exécuter » les édits du Roy, surtout dans la ville de Bordeaux, où » ceux de la nouvelle religion se portent à de plus grands y> excès, ne se contentent pas d'abattre les images, mais les » pendent ignominieusement à des cordes, comme on fait » pour les larrons et les voleurs.
» On les a vus le jour de la Toussaint, que les catholiques » étaient assemblés dans l'église Saint -Remy, venir forcer » les portes de leur cimetière (!) pour y enterrer, à leur » mode, un des leurs. Rs ne font conscience de communiquer » avec nos morts, d'où on peut juger quel est leur sens!
» On voit bien que la Cour fait ce qu'elle peut, mais c'est » parce que rien de ce qu'elle ordonne n'est exécuté qu'il » faut employer la force. »
Ces citations montrent avec quelle odieuse habileté ce fanatique travestissait les faits et changeait l'enterrement d'un petit enfant en un acte de violence. Ce doux apôtre avait soif de sang, comme le président Roffignac, Thomas de Ram, Pontac et quelques autres cléricaux.
Après la lecture de ce libelle, Jehan de Lange fit observer au Parlement que M. de Rurie avait donné différents ordres aux jurats concernant la sûreté de la ville et pria la Cour de s'enquérir si ces derniers avaient obéi.
C'était une attaque directe contre les jurats qui, tous les six, assistaient à la séance.
L'un d'eux, M. Dubois, se leva sur-le-champ pour exprimer l'indignation de ses collègues et affirmer leur obéissance et la sienne aux ordres du Parlement, comme à ceux du gouverneur de la province.
.Mais Thomas de Ram, lieutenant du grand sénéchal,