‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 164 sur 310 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

rappela que plusieurs personnes accusées d'avoir abattu la croix de Saint-Michel avaient été emprisonnées. Il se plaignit (jue les jurats les eussent fait mettre en liberté.

(les magistrats municipaux répondirent qu'elles ne l'avaient été qu'après une enquête sérieuse, dans laquelle aucune preuve n'avait été relevée contre elles.

Après quelques plaintes portées contre les religionnaires de Bordeaux par l'auditeur de l'archevêque et contre ceux de Libourne, de Bazas, de Marmande et d'Agen par les députés de ces villes, le procureur-syndic prit la parole.

C'était un avocat, beau parleur, mais fort honnête homme, nommé François de Larivière Ses convictions de catholique romain ne l'empêchaient pas de voir le danger que faisait courir à la tranquillité publique la formation du syndicat. Il s'éleva donc avec force contre cette institution, montra qu'elle était un foyer d'agitation perpétuelle, et que d'ailleurs « l'élection des syndics par 4,000 personnes était contraire à l'autorité des jurats et au bon ordre ».

Chaque fraction de l'assemblée ayant eu la faculté d'exposer ses griefs, M. de Burie leva la séance, après avoir dit qu'il pourvoirait conjointement avec M. de Noailles, maire de la ville, à tout ce qui était nécessaire pour le service du roi.

Les partisans du syndicat se retirèrent fort mécontents de la « partialité » de Burie et du peu de zèle qu'il montrait pour la défense de la religion catholique, ainsi que les jurats.

Le président Roffignac était exaspéré ; il résolut d'agir en toute hâte et de profiter de l'absence du premier président dont la mission n'était pas terminée. Usant de l'influence qu'il possédait sur une partie notable du Parlement, il prit une série de mesures de police dirigées contre les calvinistes, dont quelques-unes étaient aussi injustes que vexatoires.

(*) Los jurats, comme juges criminels, formaient une Cour de justice qui tenait ses séances à l'Hôtel de Ville; le procureur-syndic remplissait auprès de ce tribunal des fonctions équivalentes à celles de l'avocat général au Parlement. Les jurais étaient, en 1561, MM. de Salignae, Dolive, Thomas Dubois, Pierre du Périer, Artus Faute et Sainte-Marie. (Voir Arch. histoiu<jies de la Gironde, t. XII, p. 363.)

Autour de l'église Saint-Pierre, près la Garonne, s'agitait et vivait toute une population ouvrière fort intéressante dont quelques noms de rues conservent encore le souvenir. La corporation des bah'i tiers ou fabricants de meubles, celle des argentiers ou orfèvres, enfin celle des cordonniers, étaient groupées dans un espace assez restreint

Sur la requête présentée par les syndics de l'église Saint-Pierre, défense fut faite à ces artisans de forger ou de frapper du marteau « tous les matins pendant la prédication », et aux taverniers logés sur la place de crier leur vin, comme ils avaient l'habitude de le faire (2) « tant les jours de festc que autres non fériés ».

Il était difficile de se montrer plus maladroit, puisque cette mesure de police mécontentait un grand nombre d'ouvriers et de maîtres dont elle arrêtait le travail, souvent pressé. Elle leur portait un préjudice très sérieux, puisque chacun sait que le matin les ouvriers sont plus dispos et besognent avec plus d'ardeur; le véritable motif de cette prohibition malencontreuse, était qu'un certain nombre d'orfèvres et de bahutiers assistaient aux prédications des pasteurs La Frornentée, Neuchàtel ou Campaigne.

Quatre jours après, le 22 décembre, le parlement de Bordeaux, a pour obvier à ce qu'aucune sédition, tumulte ou scandalle n'arrive en ceste ville, ordonne que commandement sera faict à son de trompe et cry public, par les cantons et carrefours accoustumés, à tous vagabonds et gens sans aveu » de quitter la ville dans les vingt-quatre heures, sous peine de mort.

Ordre à tous les étrangers n'ayant point de procès ou d'affaires majeures de partir dans le même délai, sous peine de mille livres d'amende et autres peines ad libitum.

Défense aux gardes des portes de laisser entrer des gens portant d'autres armes que l'épée ou la dague, encore ceux

(*) La rue des Bahutiers et celle des Argentiers existent encore. (2) Arch. départementales de la Gironde, série Lî, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 156, Arrêt du 18 décembre 1561,

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