‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 165 sur 310 · CHAPITRE XXI. IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. IV

qui les portaient devaient-ils les déposer à leur logis, à moins qu'ils ne fussent « gentilshommes ou gens des ordonnances du Roy » (').

Défense aux bouchers et taverniers de débiter de la viande, d'en faire cuire, d'en manger ou d'en laisser manger les jours prohibés par l'Église (2).

Défense à tous les artisans d'ouvrir leurs boutiques et de travailler le jour de Noël (3).

Cette fête si touchante et si belle de la nativité du Sauveur approchait en effet; mais au lieu d'être une occasion de rapprochement et de fraternité, elle allait fournir aux passions religieuses une occasion de discorde. Le bruit s'étant répandu parmi les catholiques que pour la première fois les religïonnaires allaient célébrer la Cène et qu'ils y avaient été autorisés par M. de Burie, les chefs du syndicat excitèrent le fanatisme des leurs et firent appel aux plus mauvaises passions.

Roffignac se chargea de réchauffer le zèle du Parlement ; des commissaires furent désignés et envoyés à M. de Burie, qui promit seulement que la Cène ne serait pas célébrée dans Bordeaux par les calvinistes.

Le 24 décembre il vint au Palais (4). On lui rappela sa promesse, en l'avertissant que malgré cette affirmation les religionnaires se disposaient à accomplir leur dessein.

Burie, dont la position était fort difficile, montra ce jour-Là beaucoup de fermeté ; il commença par dire qu'il avait promis seulement que la Cène n'aurait pas lieu dans Bordeaux et qu'elle ne s'y ferait point; mais qu'il avait autorisé les calvinistes à la célébrer au faubourg des Chartreux, hors des murs de la ville. Il ajouta que c'était une affaire de conscience, dont la connaissance était interdite à la Cour; que dans les autres villes, et même à Toulouse, cela se

(') Arc», départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portof. 150. Arrêt du 22 décembre. (s) Idem, ibidem. Arrêt du 23 décembre. P) Idem, ibidem. Arrêt du 22 décembre.

(4) C'est la date que donnent les Registres secrets (mss. 307 et 309).

faisait; qu'il n'y avait donc aucune raison pour l'empêcher à Bordeaux.

Enfin, prenant l'offensive, il crut devoir l'appeler à la Cour qu'il avait toujours eu pour elle les plus grands égards; niais qu'elle ne le payait pas de retour. Ainsi, deux jours avant, sans même daigner consulter le lieutenant du roi, elle avait interdit aux artisans d'ouvrir leurs boutiques les jours de fêtes, interdiction qui n'était pas de sa compétence (').

Lescure, procureur général, protesta vivement. 11 soutint que la police des villes était comprise dans les attributions de la Cour. Il affirma, ce qui était inexact, qu'à Toulouse et aux environs il n'y avait aucunes réunions de prières, ni aucunes prédications des ministres.

Le Parlement, irrité, dévora sa colère; il comprit qu'il fallait pour le moment laisser l'orgueil de côté et empêcber à tout prix les religionnaires de s'armer d'un précédent. Sous l'inlluence de cette pensée, il se décida, le lendemain matin, à envoyer pour la seconde fois des commissaires à M. de Burie, pour le supplier d'empêcher la célébration de la Cène par les calvinistes.

Le lieutenant du roi montra d'abord autant de fermeté que la veille. Il déclara que les religionnaires des villes voisines n'assisteraient pas à cette cérémonie religieuse; que ceux de Bordeaux se réuniraient aux Chartreux, qu'ils sortiraient tous de la ville par la même porte et ne porteraient point d'armes; que d'ailleurs il se tiendrait personnellement au Château- Trompette avec cent arquebusiers, ajoutant qu'il n'avait point reçu d'ordres du roi pour interdire cet acte de piété (2).

Les commissaires insistèrent très vivement pour qu'il en empêchât l'exécution, et firent valoir des raisons d'ordre politique. Ils pressèrent tellement Burie de trouver bon que

(') Bibliothèque municipale de BoRDE.vix : Extrait des registres secrets, ms. 309, f"* 319 à 321.

(2) Idem, ibidem, mss. 369.

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