CHAPITRE XXII
Massacre de protestants désarmés à Grenade et à Cahors. — Assassinat du baron de Fumel, prise et pillage do son ehâteau par des paysans huguenots. — Synode provincial de Sainte-Foy (novembre 1561). — Organisation militaire des Églises réformées. — Les huguenots d'Agen, de Condom, de Marmande el de Bazus cliassent les moines, brisent les statues des saints et s'emparent des couvents. — Arrêts du parlement de Bordeaux (.5 janvier 1562). — Assemblée de Saint-Germain. — Signature de XÊdit de Janvier, favorable aux calvinistes (17 janvier). — Précautions stratégiques prises par la reine-mère. — Concentration de troupes ù Lihourne et à Sain t-Émilion. — Annonce de l'arrivée prochaine du prince de Coudé, chargé do pacifier la Guyenne. — Le parlement de Bordeaux ordonne aux jurais de proclamer XÊdit de Janvier {'.)0 janvier). — Assemblée publique des calvinistes hors de la ville et de la porte Sainte-Croix (ô février). — Proclamation de l'Édit (6 février).
Entraînés par le récit des événements qui se passaient à Bordeaux, aux mois de novembre et décembre 1561, nous avons laissé de côté la mention non moins importante des sanglants épisodes qui, vers la même époque, plongèrent dans la consternation les populations de l'Agenais et du Quercy.
Bien que Grenade, Cabors et Fumel, les trois villes dans lesquelles se passèrent les scène de carnages auxquelles nous faisons allusion, ne fussent pas comprises dans le ressort du parlement de Bordeaux, l'influence qu'eurent ces tragédies sur la Béformation dans le Sud-Ouest nous oblige à en dire quelques mots.
A Grenade ('), petite ville située dans le voisinage de Toulouse, un grand nombre de calvinistes inoiïensifs, «.pauvres gens qui s'estoient assemblez, sans verge ni baston, pour faire les prières » et assister à la prédication de leur pasteur furent impitoyablement massacrés par les catlioliques(2).
(*) Grenade, sur la Save, près de son confluent avec la Garonne, aujourd'hui ehef-lieu de canton de l'arrondissement et à '23 kilomètres N.-O. de Toulouse.
(2) THÉODORE DÉ BÉZE, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t l" p. 82'*.
;{;}l2 HISTOIRE DE LA RÉFORMATION.
A Cahors ('), en Quercy, le mal fut plus terrible encore. Les protestants avaient reçu de Burie l'autorisation de se réunir pour leur culte. Leurs assemblées, bien qu'elles se fissent de nuit dans quelques maisons particulières, étaient à peu près publiques. Elles n'étaient du moins un mystère pour personne. Le nombre des néophytes croissait de jour en jour, et proportionellement aussi la rage des catholiques romains.
Le dimanche 16 novembre, au son d'une cloche qui servit de signal, ces derniers accoururent devant la maison où les pi'otestants étaient assemblés, enfoncèrent les portes et tirent des calvinistes un horrible carnage; une partie de ces mal heureux fut massacrée dans le lieu même de l'assemblée; le reste dans les rues, où ils tâchaient de s'enfuir.
La Guacherie, riche négociant, fut de ces derniers. La populace, ivre de rage, le traîna chez lui, le mit à mort ainsi que sa femme et ses enfants, et pilla sa maison.
Quarante-cinq calvinistes périrent dans ce guet-apens; vingt- cinq à trente de ces malheureux furent ignominieusement traînés par les rues et à demi brûlés (2).
« Ce que voyant, ceux de la religion réformée firent amas d'armes pour se défendre contre ceux qui, de leur propre authorité, les voudraient assaillir (3). »
Les massacres de Grenade et de Cahors ne furent que trop cruellement vengés peu de jours après.
Le 22 novembre, François, baron de Fumel, ancien ambassadeur en Orient, qui semblait, dit Théodore de Bèze, avoir rapporté de Constantinople la barbarie des Turcs, rencontra sur le soir, au retour de la chasse, une troupe de ses vassaux qui revenaient du prêche armés d'épées et d'arquebuses. Il les apostropha suivant son habitude. L'un d'entre eux, diacre de l'église nouvelle, lui répondit avec
(') Cahors, en Quercy, sur la rive gauche du Lot, ancienne capitale des Cadurci.
(2) J.-A de Thou, Histoire universelle, t. III, p. 284.
(*) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 824.