CHAPITRE XXII
par les Eglises; niais ceux-ci ne pouvaient rien faire ni dresser sans l'ordre du colonel, ni les colonels sans l'aveu et mandement du cliei' de la province, « le tout, pour conduire vers Sa Majesté les forces des Eglises, si besoin estait, et cependant aussi pour estre sur leurs gardes et pour se défendre si leurs adversaires persévéraient en leurs massacres et entreprenaient de leur courir sus(l). »
Denis Daytz, seigneur de Mesmy, dont il a été plusieurs fois question, fui élu chef de la Haute -Guyenne pour le parlement de Bordeaux, et M. de Peyre pour les provinces du ressort de Toulouse.
Il fut décidé que « pour mieux contenir les peuples par bonnes et sévères remontrances », il n'y aurait plus qu'un pasteur dans chaque Eglise, sauf pour les villes de Bordeaux et d'Agen; qu'on userait de censures pour réprimer les actes de violence, attendu que les seules armes de la religion devaient être spirituelles. On défendit sévèrement le bris des statues, la suppression des marques d'idolâtrie appartenant aux seuls magistrats.
Ces ordonnances étaient fort sages, mais, dit Th. de Bèze, « il s'en fallut de beaucoup que chacun y obéit. »
La population calviniste d'Agen donna le branle en chassant de leurs couvents carmes, augustins et cordeliers. Les portes de ces trois monastères furent forcées, autels et statues furent mis en pièces, leurs débris entassés dans la chapelle, puis brûlés par la main du bourreau dont les huguenots eurent la honte d'accepter les lugubres offices.
Les jours suivants, ce fut le tour des couvents de femmes et des deux principales églises de la ville, où les mêmes scène de vandalisme et de sauvagerie furent répétées par les huguenots.
En vain les pasteurs, les diacres et les principaux membres de l'Eglise réformée essayèrent-ils d'apporter une digue à ce torrent dévastateur, leurs efforts se brisèrent contre la
(') Théodore dl Ukie, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 803.
rage des iconoclastes. Us se rendirent alors auprès des magistrats pour déplorer ces excès, protester de leur innocence et réclamer la punition des coupables. Les consuls redoutant des malheurs plus grands, si les ministres et les anciens se retiraient, engagèrent l'un des pasteurs à prêcher dans la cathédrale.
Quelques misérables, ayant profité de ce tumulte pour dérober certains objets à la psalette de Saint-Caprais, turent arrêtés à l'aide des membres du Consistoire, puis déférés à la justice et mis à mort par arrêt de la cour présidiale(1).
A Marmande, les cordeliers, malgré leur résistance, turent chassés de leur couvent. Ceux de Condom, redoutant le même sort, cédèrent la place aux pasteurs Lacoste et Laporte, dont les courageux efforts pour les préserver d'outrages avaient été couronnés de succès (2).
A la nouvelle de ces désordres, qui n'étaient rien auprès des massacres de Cahors et de Grenade, le roi, la reinemère et les membres du Conseil privé s'assemblèrent pour se concerter sur les mesures à prendre. Monluc reçut l'invitation de se rendre à la Cour sans plus tarder. Nous avons dit qu'il était à Bordeaux dans les derniers jours de décembre.
Il apprit, pendant son passage dans cette ville, que les efforts du sénéchal d'Agenais, pour obtenir des huguenots la restitution des deux églises collégiales, avaient été inutiles. L'un des pasteurs, François Dieurat, n'eut pas plus de succès, bien que du haut de la chaire il essayât de remontrer à ses auditeurs le danger qu'il y avait à exciter la colère de Charles IX et de sa mère. M. de Mesmy, dont l'exaltation répondait à celle de la populace, s'empara momentanément de la ville (3).
A Bazas, des troubles eurent lieu par la faute du clergé romain. Un ministre envoyé par le synode de Sainte-Foy
(!) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 805.
(!) Idem, ibidem.
(3) Tamizey de Larroque, Antoine de Noailles à Bordeaux, p. 80, note 5.