‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 170 sur 310 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

s'étant présenté dans cette ville, le vicaire de l'évèque essaya de l'en faire partir.

Ce pasteur était un « homme de bien », d'une nature fort paisible. 11 voulut céder aux menaces du clergé, mais les fidèles, aidés par ceux des Églises voisines, s'y opposèrent, forcèrent les chanoines à se renfermer dans leurs demeures et mirent en pièces les statues de toutes les églises, y compris celles de la cathédrale, les orgues, les vases sacrés, les vêtements sacerdotaux (1).

A Bordeaux, le Parlement, livré à lui-même ou plutôt à la détestable influence de Roffignac, par l'absence de M. de Lagebàton, prenait des mesures imprudentes.

Le 3 janvier 1562, sur la requête présentée par l'archevêque Prévost de Sansac, il défendit pour la seconde fois au père Masentin, le cordelier dont il a été question, de quitter Bordeaux. Ce moine avait reçu du provincial des franciscains d'Aquitaine l'ordre de se rendre à Toulouse; mais le Parlement lui défendit de partir et le chargea de prêcher le carême à Bordeaux (2).

Le même jour, la Cour rendit un arrêt qui défendait sous peine de mort, « à toutes manières de gens » quelle que fût leur condition, d'insulter, ni d'injurier « les ecclésiastiques ou personnes de religion » (3).

Monluc était encore à la Cour; « il ne bougeoit d'auprès de la royne mère, » et soit pour cette raison, soit pour une autre, le roi de Navarre lui faisait assez mauvais visage.

(!) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 806, et Arcii. municipales de Bazas, Chronicon Vazatense, par Jérome- Géraud Dupuy, chanoine et officiai de cette ville. « An. 1561 — Sub finem decembris et in pervigilio Natalis Domini, durn canonici precibus matutinis inedià nocte recitandis vacunt, Calvinistae, sive porta urbis a nonullis apertà, sen portico arehidiaconatufs] effracto, armatà manu urbem et ecclesiam ingressi, ait aria, organa divorum et imagines evertunt, sacra vasa et vestes sacras diripiunt : quœ jactura plus quindecim mille nummos excessit; canonicorum edes depopulantur. » (Publié par M. Érnilien Piganeau, dans le tome XV des Archives

HISTORIQUES DE LA GIRONDE, p. 57.)

(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 367.

(3) Arcii. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 157.

338 HISTOIRE DE LA EtÉFORMATION.

Les événements prenaient flans le Sud-Ouest une tournure de plus en plus fâcheuse; Catherine m.1 savait, trop <[iie résoudre. Elle avait écrit plusieurs lettres à Burie, pour le presser d'agir, mais elle Taisait peu de fondement sur sa personne. « La royne, écrit Monluc dans ses Commentaires, monslroit qu'elle avoil quelque soupçon de luy. » Et il ajoute qu'elle lui confessa ses craintes à cel égard C).

Ce qu'il répondit à la reine-mère, il se partie bien de nous l'apprendre, et c'est précisément ce qu'il faudrait savoir. 11 est bien permis de supposer qu'il ne mit pas à défendre Burie toute la chaleur désirable; peut-être la froideur du roi de Navarre n'avait-elle pas d'autre cause.

«A la fin, dit Monluc, ils se résolurent de m'envoyer eu Guyenne, avec patente et permission de lever gens à pied et à cheval pour courir sus aux uns et aux autres, catholiques ou huguenots, qui prendraient les armes (-).

Il refusa d'abord celte charge, « connaissant bien que ce n'était pas chose achevée. » La reine chargea l'évêque de Valence, Jehan de Monluc, d'insister auprès de son frère. Ce dernier n'accepta qu'à la condition que Burie partagerait avec lui la mission de pacifier la Guyenne. « Je voulois qu'il eut part au gâteau; mais la reine ne le voiiloit pas. »

Théodore de Bèze, qui naturellement n'aime pas Monluc, s'exprime ainsi : « Sa commission portail d'estre adjoint à Burie pour n'espargner les uns ni les autres qui se trouveraient coulpables, de prêter main-forte aux commissaires députés pour ce faict, afin que justice eût lieu de part et d'autre. Ce n'estoit pas ce que Monluc demandoit, homme cruel et turbulent, insatiable d'ambition et d'avarice (3). »

Les deux commissaires de robe longue qui lui furent adjoints sur sa demande, étaient Compaing, membre du Grand Conseil, et Girard, lieutenant du prévôt de l'hôtel,

(') Commentaires de Biaise de Monluc, édit. Max Buchon, p. 227.

(2) Idem, ibidem, p. 227.

(3) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Éylises réformées, t. 1er, p. 807.

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