CHAPITRE XXII
d'après lui « les deux plus médians hommes du royaume de France » .
Muni de ses lettres-patentes, Monluc partit pour la Guyenne. En deux traits de plume, avec cette rapidité de style qui fait de lui l'un des meilleurs écrivains du seizième siècle, il esquisse la situation.
« Or je trouvay Monsieur de Burie à Bordeaux et lui baillay la patente. Toute la ville estoit bandée les uns contre les autres et le Parlement aussy, parce que les huguenots voulaient que l'on preschdt ouvertement dedans, disant que par le colloque de Poissy il leur estoit permis, les catholiques tout au contraire; de sorte que M. de Burie et moi demeurasmes tout un jour à les garder d'en venir aux mains (').
» Et arrestàmes que nous lèverions quelques gens » de guerre et que dès l'arrivée des commissaires « nous marcherions droit à Fumel, car nostre patente portait que nous commencerions par là ».
De Bordeaux, Monluc se rendit à Estillac et s'occupa de lever 200 arquebusiers et 100 argoulets, dont il donna le commandement à M. de Tilladet .
L'Édit de juillet, barrière impuissante depuis longtemps foulée aux pieds, n'était plus observé nulle part. Il fallait le remplacer par une ordonnance ou plus sévère ou plus large. Mais laquelle?
Catherine de Médicis et le chancelier résolurent de convoquer dans ce but l'élite des parlements de France qui, de concert avec le Conseil privé, devait débattre cette importante question.
Cette assemblée s'ouvrit à Saint -Germain, au commencement de l'année 1562. Le premier président Lagebàton, Arnauld de Ferron, l'éminent jurisconsulte, et M. de Lescure, procureur général, y représentaient le parlement de Bordeaux.
Le roi lui-même ouvrit la séance; après lui Lhôpital, dans un discours énergique, montra la nécessité d'apporter un (l) Commentaires, p. 228.
prompt remède aux calamités qu'entraînaient lés dissensions religieuses. Remontant à l'origine des troubles, il indiqua comme source du mal le relâchement de la discipline et la vie dissolue du clergé, attribuant à l'influence des calvinistes l'amélioration qui se montrait déjà chez quelques membres de l'Eglise romaine, il termina par un appel à la concorde. « Recherchez, dit cet ëminent magistrat, si l'on ne peut être » hou sujet du roi sans être catholique, et s'il est impossible » que des hommes qui n'ont pas la même croyance vivent » en paix les uns avec 4es autres. N'allez donc pas vous » fatiguer à chercher laquelle des deux religions est la » meilleure; nous sommes ici non pour établir la foi, mais » pour affermir l'État. »
Paroles d'un sage, d'un véritable philosophe, qui malheureusement devançait de deux siècles l'époque à laquelle il vivait.
Ses louables efforts parurent d'abord couronnés de succès. L'Édit de Janvier fut signé par Charles IX le 17. Il ordonnait aux calvinistes de restituer aux catholiques les églises usurpées par eux, ainsi que les objets du culte; de se soumettre à la levée des dîmes, de respecter les jours de fêtes consacrées, etc. ; mais, question capitale, il leur permettait de s'assembler pour l'exercice de leur religion hors des villes et sans armes !
Pour la première fois en France, le calvinisme était l'objet d'une tolérance légale.
Théodore de Rèze et les députés des provinces se hâtèrent d'annoncer à leurs coreligionnaires cette nouvelle inattendue. Elle ne parvint à Rordeaux que le dernier jour du mois (').
Catherine avait d'ailleurs pris ses précautions pour le cas où la majorité de l'assemblée se serait décidée à reprendre les voies coërcitives. Elle avait, dès la première quinzaine de janvier, donné l'ordre à ses gouverneurs de provinces de concentrer leurs forces militaires.
(4) Bibliothèque municipale le Bordeaux : Extrait des registres secrets, ins. 367.