‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 172 sur 310 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Burie lui écrivait lo 1 1 janvier que [tour se conformer à ses instructions, il avait averti quelques-uns des capitaines placés sous ses ordres de se trouver à Libourne ou à Saint- Ëmilion le 25, avec leurs compagnies (').

Moulue, chargé de l'accompagner à Cahors, à Grenade et à Fumel, pour sévir contre les instigateurs des crimes commis dans ces trois villes, venait de lui faire dire par le capitaine Tilladet qu'il était d'avis de lever cinq ou six cents arquebusiers (2).

Burie avait calculé que l'expédition durerait bien six mois; il demandait à la reine : 1° de lui faire tenir par les contrôleurs des finances les sommes nécessaires pour la solde des troupes; 2° de donner l'ordre à MM. d'Ossun et, de Terride(3), dont il faisait l'éloge, de le rejoindre avec leurs compagnies; 3° de hâter le départ des commissaires de robe longue chargés de la procédure contre les assassins de Cahors, de Grenade et de Fumel.

Ces deux commissaires étaient, avons-nous dit, Compaing et Girard. Le jugement porté sur ce dernier par M. de Burie contraste singulièrement avec les accusations dirigées contre lui par Monluc « estant homme de bien, comme je croi... sa prudence et son bon sens aideront bien à ce voyage ».

Monluc n'avait que faire de traîner des juges après lui; les retards de la procédure l'impatientaient ; sa justice était plus expéditive.

La lettre de Burie, portée par le jeune Tilladet, dut se croiser en route avec celle que la reine -mère écrivait à Charles de Coucy pour lui annoncer la prochaine arrivée en Guyenne du prince de Condé. Cette dernière missive portait la date du 12 janvier.

Nous savons, eu effet, par la Chronique bourdeloise, qu'à

(!) BinLiOTincQUE nationale, mss. Fonds français, 3180. Lettre publiée par M. Tamizey de Larroque, clans le tome X des Arcii. historiques de la Gironde, page 33.

(2) Antoine de Cassagnet, sieur de Tilladet, jeune et vaillant compagnon d'armes de Monluc; il venait de recevoir de Charles IX le commandement de cent arquebusiers à cheval.

(3) Antoine de Loinagne, baron de Tcrride.

cette époque le « contrôleur des postes » écrivit à Bordeaux pour demander qu'on préparât les relais du prince qui « courait à cinquante chevaux » (').

Le 20 janvier, Burie répondit à la reine- mère pour se réjouir de la prochaine arrivée de Condé en Guyenne, « car, lui disait-il, veu les affaires qui se présentent aujourd'hui), il y est bien besoing d'un personnage de grande autorité et de bonne conduite comme il est. Quant à moy, je me délibère luy rendre telle obeyssance qu'à la propre personne du Roy (2). »

Le l'esté de la lettre était rempli de récriminations amères contre l'avocat Jehan de Lange, qui venait de se rendre à la Cour; ce dangereux fanatique avait obtenu du roi et de la reine-mère une audience dans laquelle il avait porté contre M. de Burie les accusations les plus graves. Il lui reprochait, en particulier, de pactiser avec les huguenots.

Burie protestait avec une vive indignation contre ces accusations mensongères, rappelant ses longs et loyaux états de service sous les prédécesseurs de Charles IX. « Qu'il vous plaise avoir souvenance, Madame, qu'il y a cinquante deux ans que je suys nourry du pain du Roy et que au lieu de repoz sur la fin de mes jours, » ma récompense est « d'estre callomnyé par ung tel homme que celui-là et ses complices ».

Il demandait que Lange fût incarcéré, « car, ajoutait -il, par sa détention et confession se pourront descouvrir plusieurs autres choses qui sont contre le service du Roy, où beaucoup d'autres personnes pourront estre comprises. »

Il écrivit au roi dans le même sens, en l'informant que pour se conformer à ses prescriptions, il allait donner l'ordre aux quatre compagnies de Jarnac, de Bandan, de La Vau-

(J) Supplément des Chroniques de la noble ville et cité de Bourdeaus, par Jean Damai, escuyer, etc., édit. de 1620, f" 44 v°. Le « chevaucheur » delà grande écurie chargé d'apporter cette nouvelle, ayant refusé d'ôter son épée pour entrer dans la salle du Conclave à l'Hôtel de Ville, les jurats lui envoyèrent le trésorier municipal « pour scavoir des nouvelles de la venue du dict seigneur prince ». Il répondit qu'il n'était « aucunement certain qu'il dût passer ».

(*) Bibliothèque nationale, inss. : Fonds français, 3186, p. 31.

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