CHAPITRE XXII
guyon cl à la sienne, de se diriger en armes sur « Libourne et autres villes circonvoisines »
J'allais, ajoute-t-il, appeler aussi la compagnie de M. de Sansac (2), « mais j'ay veu par vostre ordonnance, Sire, que vous vouliez qu'elle se tienne seulement à Angoulesme. »
Quant aux compagnies du roi de Navarre, du maréchal de Termes et de Moulue, « il n'est besoing, ce me semble, qu'ilz passent les rivières à présent fort difficiles. » Je leur ai donné l'ordre de rester dans leurs garnisons actuelles et de se tenir prêtes. J'en ai fait de même pour la compagnie du prince de Navarre, qui reste provisoirement en Limousin, où elle recevra mes instructions.
Enfin, comme on redoutait à Sarlat quelque mouvement populaire, Burie donna l'ordre à M. de Losse, « ung très gentil chevallier, » de s'y enfermer avec sa compagnie de gens d'armes et de l'avertir s'il avait besoin de renforts (3).
Voilà « ce me semble la façon dont il en fault user, attendant que les forces de Vostre Majesté soient assemblées pour punir ceulx qu'il vous plaira ».
Charles IX, né le 27 juin 1550, n'avait pas encore douze ans; la reine-mère gouvernait seule, et c'est d'elle qu'émanaient les instructions stratégiques données à Charles de Coucy.
Les écrivains catholiques s'efforcent de prouver que les huguenots commencèrent les guerres civiles; M. de Meaux, dans son excellent ouvrage, reproche aux calvinistes d'avoir toujours été prêts les premiers On voit du moins que les catholiques ne furent pas pris au dépourvu, puisque, dès
(!) La compagnie de gens d'armes do M. de Burie se trouvait alors eu Saintonge ; elle se composait de 1 lieutenant, 1 enseigne, 1 guidon, 1 maréchal des logis, 50 hommes d'armes et de 75 archers. (Arcii. .municipales de Bordeaux, série EE, carton 207, Montres militaires.)
(*) Louis Prévost de Sansac, capitaine de cent hommes d'armes des ordonnances du roi, colonel général par intérim de la cavalerie légère, était le neveu de l'archevêque de Bordeaux ; il fut plus tard gouverneur de cette ville et du Bordelais.
(3) Jean de Beaulieu, seigneur de Losse, capitaine des gardes du roi de Navarre, resta à l'armée après la mort de ce prince en qualité de maréchal de camp. Il mourut en janvier 1570.
(*) Les Luttes religieuses eu France au seizième siècle, par le vicomte de Meaux, Paris 1879, 1 vol. in-8°.
le milieu du mois de janvier, ils commençaient à masser leurs forces.
Burie écrivit le 19 au roi de Navarre pour lui parler de la prochaine arrivée en Guyenne de son frère, le prince de Condé, envoyé par le roi et la reine-mère pour rétablir l'ordre (*). Il dut être un peu embarrassé et s'y reprendre à plusieurs fois pour composer cette lettre; le brave homme n'avait pas pour lui la plume et l'habileté de Moulue; en outre, il s'adressait à un prince de nature versatile, dont il était difficile de connaître au juste les sentiments. Après avoir été pendant quelques années le protecteur avoué des calvinistes dans ses États, après avoir traîné par toute la fiance un moine défroqué dont il avait fait son « prédicateur ordinaire », Antoine de Bourbon, redevenu catholique, venait de se rallier au Triumvirat. Aussi l'honnête Burie reste-t-il dans les généralités.
Il se plaint surtout des calomnies débitées sur son compte par l'avocat Lange, etdéclare au roi de Navarre qu'il n'attend que l'arrivée de Condé pour se rendre auprès de Charles IX et de sa mère, afin de leur présenter de vive voix sa justification (2).
Cependant, le procureur général Lescure, porteur de YÉdit de Janvier, venait de rentrer à Bordeaux (3).
Le parlement de Guyenne en prit connaissance et, plus sage en cette occasion que celui de Paris, il s'empressa de l'enregistrer.
Le 30, il « enjoignit » au lieutenant du grand sénéchal et aux jurats d'assister à la publication de YÉdit (4), qui,
(') Au sujet de la nomination du prince de Condé comme gouverneur de la Guyenne, nomination qui ne fut jamais signée et dont la promesse n'était qu'une ruse de Catherine pour gagner du temps, voyez Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. 1er, p. 809 et 810.
(2) Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, 318G, p. 29. Lettre publiée par M. Tamizey de Larroque dans le tome X des Archives historiques de la Gironde, p. 38.
(3) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Eglises réformées, t. Ier, p. 789.
(*) Bibliothèque municipale de BORDEAUX : Extrait des registres secrets, ms. 367.