‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 175 sur 310 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Suilcs Ue l'Édit de Janvier à Bordeaux et en Guyenne. — L'archevêque empèehe un chirurgien de faire ensevelir sa fille d'après les rites de l'Eglise réformée (22 et 23 février 1562). — Arrêt du Parlement à ce sujet. — Protestations des calvinistes de Bordeaux; ils s'adressent à M. de Burie, qui reconnaît leurs droits. — Lettre de ce dernier au premier président. — Bel éloge des calvinistes bordelais par le lieutenant du roi. — Les protestants de l'Agenais essayent de gagner Monluc à prix d'argent. — Ce qu'il faut penser de son désintéressement. — Atrocités commises par lui. — Il part d'Estillac pour rejoindre Burie. — A Saint-Mézard, il fuit mettre à mort trois réformés; il fait frapper de verges un jeune diacre de dix-huit ans qui meurt de ses blessures. — Procès des assassins de Fumel. — Affreux supplices (12 et 13 mars). — Teneur produite par ces exécutions. — La noblesse catholique vient de toute la Guyenne se mettre à la disposition de Monluc et de Burie. — Envoi de pasteurs de Genève. — La Réforme à Belin et Beliet. — Entrevue de Saverue. — Massacre des protestants à Vassy.

La joie des calvinistes après la publication de l'Édit de janvier fut de courte durée. Trompés par la promptitude avec laquelle le Parlement avait enregistré cette ordonnance royale, ils comptaient sérieusement sur sa droiture pour en respecter la teneur, et sur sa vigilance pour la l'aire exécuter. Dans quelques villes ils poussèrent l'honnêteté, pour ne pas dire davantage, jusqu'à restituer sans aucune compensation les temples et les églises qu'ils occupaient. Ceux d'Agen, de Tonneins, de Sainte -Foy, de Nérac et du Mas-d'Agenais furent de ce nombre ('). Ils pensaient qu'en échange ils n'éprouveraient aucune difficulté pour célébrer leur culte hors des villes et sans armes.

Le parlement de Bordeaux n'avait enregistré l'Édit que grâce à l'inlluence de son premier président, rentré depuis peu de la Cour (2). Les protestations de MM. de Roflignac, de

(*) Théodore de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 811.

(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, ms. 307. Lagebâton était de retour à Bordeaux depuis le 18 juillet.

Lange, de Baulon, avaient été inutiles; la majorité s'était prononcée dans le sens de la soumission aux ordres du roi; la prochaine arrivée du prince de Condé, à laquelle on croyait encore, comme le prouvent les lettres de Burie, avait achevé de trancher les hésitations.

Or, l'unique et insuffisante concession faite aux calvinistes par l'Édit de janvier, ne leur avait été accordée qu'à titre provisoire et seulement jusqu'à la réunion d'un Concile national. Catherine s'en était vantée dans le Conseil d'État. Aussi L'un des agents du gouvernement pontifical (') écrivaitil au cardinal Borromée : « Dans six mois ou tout au plus une année, si les résolutions sont exécutées, il n'y aura plus un huguenot » en France.

A Bordeaux, dès qu'on fut assuré que le prince de Condé ne viendrait pas pacifier le gouvernement de son frère, les tracasseries contre les réformés recommencèrent de plus belle.

Le 22 février, un chirurgien calviniste, domicilié rue du Loup, ayant perdu sa fille, voulut la faire inhumer dans la petite église Saint-Eulrope (2), voisine de la cathédrale, avec le concours de l'un des ministres du culte réformé. Il en fut empêché par le clergé romain.

Le lendemain 23, sur la demande de l'archevêque Prévost de Sansac, le Parlement rendit l'arrêt suivant :

« La Court, advertie par Maistre Jehan (sic) deBetarrèche, » procureur d'office de l'arcevesque de Bourdeaulx et par le » dit arcevesque envoïé (3), que Jehan de Proulhon, maistre » chirurgien de ceste ville, s'efforce contre les edietz du Roy » faire ensevelir le corps et cadaver d'une sienne fille, à la » forme de Genève, autre que celle de l'Église catholique » romaine,

(1) Lettre de Prosper Sainte-Croix, évèque d'Albi, du 15 janvier 15Cl2. Il fut depuis archevêque d'Arles et cardinal.

(2) Elle se nommait antérieurement Notre-Dame de la Place et prit plus tard le nom d'Eglise des Irlandais. Le portail et la façade ont été démolis tout récemment, en 1880.

(3) Il se nommait en réalité Laurent de Betarrèche; il occupait au tribunal diocésain la charge de lieutenant de l'auditeur.

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