‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 176 sur 310 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

» A ordonné et ordonne (jue inhibitions et défenses » seront faites au dit Jehan de Proulhon, maistre chirurgien » et à toute autre manière de gens, de quelque estât, qualité » ou condition qu'ils soient, de faire inhumer les corps des » défuncts au dedans des villes, ni pareillement aux églises » et temples situés hors des villes et cimetières d'icelles par » ministres de la religion nouvelle.

» Et seront les corps des dits deffuncts inhumés suivant » les rites de l'Église catholique romaine, par les curés, ou » leurs vicaires ou autres, etc. ('). »

La population calviniste de Bordeaux, qui comptait des hommes d'une haute valeur, fut indignée de cet arrêt pris à la hâte, car le corps de la jeune fille, embaumé par les soins de ses coreligionnaires, n'était pas encore dans le cercueil.

Les pasteurs ayant convoqué les membres du Consistoire pour en délibérer, ceux-ci résolurent de s'adresser à M. de Burie, qui reçut d'eux la lettre suivante datée du 25 février :

« Monseigneur,

» Bien que nous ayons tousjours tenu la vertu de patience » pour une vraie marque des enfans de Dieu, et qu'aïons » désiré de vivre en icelle soubz l'humble obéissance de nos » supérieurs, comme Vostre Seigneurie pourra estre mémo- » rative, si est-ce que depuis vostre départ nostre patience » a esté extrêmement tentée et provoquée par Messieurs du » Parlement, nos magistrats. Quelques-uns de nos frères » estans décédés, ils nous ont défendu d'ensepvelir leurs » corps dans la ville; et qui plus est, nous ont aussi défendu » d'ensépulturer les dits corps dans les cimetières, quand » bien même ils seroient hors de la dite ville, chose trop » esloignée d'humanité et qui a failli engendrer une nouvelle » et déplorable sédition populaire en ceste ville.

» A ceste cause, vous suplyons très humblement, Mon-

(!) Ahch. DÉPARTEMENTALES de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 158.

» seigneur, que pour obvier à toute sédition et troubles qui » pourroient advenir, lesquelz nous avons en dèteslation, il » vous plaise escripre à Messieurs du Parlement qu'il nous » soyt loisible d'enterrer les dits corps ainsi qu'avons fait » ci-devant etc. »

Le double de cette lettre, qui portait la signature de Pierre de Saint-Voir et de Michel Ferry, membres du consistoire, fut adressé le 2 mars au parlement de Bordeaux (*).

M. de Burie était sur le point de partir avec Monluc pour se rendre à Fumel, où les commissaires de robe longue devaient les rejoindre, mais il ne voulut point se mettre en route avant d'avoir fait droit à la requête des protestants de Bordeaux, qui lui paraissait fondée.

«Ceux de l'Église réformée de Bourdeaulx, écrivait-il à » M. de Lagebàton, ont envoyé devers moi pour me remon- » lier la façon de laquelle la Cour de parlement a usé en » leur endroit depuis mon dernier partement, leur interdisant » la sépulture de leurs morts ez temples ou cymetières, » tant dans la ville que hors icelle ; au moyen de quoy » les corps sont encore ez maisons embaumés, cliose » digne de commisération, et qui pourvoit bien esbranler la » patience des bons s'ils n'estoient pourvus d'une grande » constance et prudence, laquelle j'ai toujours cogneue en » eulx... » (2).

C'est un bel éloge des calvinistes bordelais, sous la plume du lieutenant du roi. Peut-être approuvera-t-on ce que disait Monluc : « Il me sembla cognoistre quand j'arrivay à Bordeaux que M. de Burie penchoit quelque peu du costé de ceste religion (3). » La vérité, c'est qu'il inclinait du côté de la justice et du droit. Autant il nous paraît indulgent pour les réformés de Bordeaux, gens paisibles et soumis au roi,

(') Bibliothèque nationale, mss. Fonds français, 3186, p. H.

(2) Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, 3186, p. 10. Lettre du 25 février 1562, publiée, ainsi que la précédente, dans le tome X des Archives historiques de la Gironde.

(3) Commentaires, p. 232.

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