‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 178 sur 310 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

A Saint -Mézard ('), village assez voisin d'Estillac (-), les huguenots s'étaient soulevés contre leur seigneur, M. de Ronillac. «Déjà, nous dit l'auteur des «Commentaires», commençait la guerre ouverte contre la noblesse. Je recouvra]) secrettement deux bourreaux, lesquels on appella depuis mes laquais, et donnai l'ordre à M. de Fontenilles, mon beau-fils, qui portait mon guidon et se trouvait à Beaumont de Lomagne (3) avec toute ma compagnie, de partir à l'entrée de la nuit pour arriver au point du jour à Saint-Mézard. »

Malgré la rapidité de sa marche, les habitants avaient pris la fuite, mais il réussit à s'emparer de trois calvinistes et d'un jeune diacre de l'Église réformée.

Moulue, au débotté, donna l'ordre aux bourreaux d'en pendre deux dans le cimetière, et sous ses yeux fit trancher la tète au troisième, nommé Verdier.

« Et parce que le diacre n'avait que dix- huit ans, je ne le voulus faire mourir, afin qu'il portât les nouvelles à ses frères; mais bien lui fis-je bailler tant de coups de fouet par les bourreaux, qu'il en mourut, me dit-on, dix ou douze jours après (*).

» Voilà, croit devoir ajouter Monluc, la première exécution que je fis au sortir de ma maison, sans aucune sentence ni escriture; car en ces choses j'ay ouy dire qu'il faut commencer par l'exécution. »

Sur ce, les deux capitaines ayant réuni leurs forces à Clairac, se rendirent directement à Cahors, où ils s'emparèrent d'une partie des coupables.

M. de Burie avait fait venir, pour remplacer Compaing et

(l) Saint-Mézard, à peu de distance de la rivière du Gers, sur une colline de 185 mètres d'altitude; aujourd'hui commune du canton et de l'arrondissement de Lectoure (Gers), près de la limite du Lot-et-Garonne.

(5) Estillac, localité située sur un coteau très élevé qui commande la plaine de la Garonne. Là se trouvait l'un des châteaux habités depuis de longues années par la famille de Monluc.

(3) Baumont-de- Lomagne, sur la Gimone, chef-lieu de canton du Tarn-et- Garonne.

(*) Commentaires, liv. V, p. 232; Théodore de Bèze dit qu'il mourut le jour même : Histoire ecclésiastique des Eglises réformées, liv. V, p. 811.

Girard, six conseillers au présidial d'Agen, auxquels on adjoignit le prévôt général.

Le procès ne fut pas long; un certain nombre d'accusés ayant été soumis deux fois à la torture, avaient fait les aveux les plus complets. Quinze ou seize malheureux furent mis à mort les 12 et 13 mars avec les raffinements de la plus atroce barbarie. Quelques-uns furent roués vifs, d'autres eurent les quatre membres tranchés successivement, après quoi leurs restes informes furent décapités ; d'autres enfin furent pend us après avoir eu le poing coupé. Ceux-là furent les mieux partagés (1).

Chose étrange! le jugement de cette affaire ne fut rendu que quinze jours après; il porte la date du ]sr avril. Sa longueur ne nous permet pas d'en relater ici les horribles détails (2).

L'effet de cette effroyable exécution fut incalculable. Toute la noblesse catholique du Quercy, de l'Armagnac, du Rouergue, du Périgord et de l'Agenais accourut à Fumel. Chaque seigneur offrit au lieutenant du roi ses biens, sa personne et son épée.

Charles de Coucy donna l'ordre à Terride de rester à Fumel avec sa compagnie; celle du roi de Navarre gardait Agen, sauf vingt-cinq hommes, détachés à Condom; enfin celle du maréchal de Termes occupait Astaffort.

Une ardeur extrême contre les huguenots s'empara de Burie, depuis qu'en compagnie de Monluc il avait assisté aux exécutions de Fumel ; dans sa lettre du 13 mars au roi

(!) Burie écrit au roi de Navarre le 13 mars : « Nous avons tellement faict

faire le procez à quinze ou seize des coupables de la mort du feu sieur de Fumel et du saecaigement de sa maison que hier et aujourd'hui) ont Btté deffaiclz, les ungs par la rouhe, les aultres pendus et les aultres ont eu la teste tranchée. Et quant aux autres prisonniers, Sire, qui sont icy en grand nombre, les dits lieutenant [criminel] et conseillers y demeurent pour leur faire leur procès et les pugnir selon qu'ilz l'ont mérité et à ceulx que l'on prend journellement. » Birliotiieque nationale, mss. : Fonds français, 318(5, p. 02. Lettre publiée par M. Tamizey de Larroqne dans le tome X des Arcii. historiques de la Gironde, p. 47.

(4) Ce précieux document fait partie des ARCH. de M. LE COMTE DE Fumel. Il a été publié par M. Gustave Labat dans le tome VIII des Arch. HISTORIQUES DE LA Gironde, p. 207 à 224.

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