‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 179 sur 310 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

de Navarre, il ne parle de rien moins que de couper des tètes « en divers lieux » .

A propos de l'Agenais et du Condomois, voici comment il s'exprime :

« J'ai escrit à M. de Renty que sy en ces quartiers il » sentoit aulcun remuement de ces mutins, il envoyast » incontinant sur eux une trouppe de gens à cheval pour les » prendre et amener prisonniers, ou en cas de résistance » les tailler en pièces ('). »

A Catherine de Médicis, il adresse le billet suivant :

« Madame, M. de Monluc et moy escrivons au Roy bien » au long et par le même [courrier] comme les choses se » passent par deçà, vous asseurant, Madame, qu'il estoit » temps de mectre la main à l'œuvre, ou autrement toute » ceste pauvre Guyenne estoit mal en poinct, car on n'y » parloit plus guère du Roy, mesmement parmy les villes ; » mais tout sera rabillé, ou il nous en coustera la vye. Je » ne veulx aussi faillir de vous advertir, Madame, que depuis » les derniers editz du Roy, il s'establit ministres en plusieurs » lieux où il n'y en avoit eu. Il n'y en a que trop en ceste » Guyenne (2) . »

Il est impossible d'indiquer plus clairement la situation. La première guerre de religion n'était pas encore commencée, mais déjà tout le royaume était en feu. Les calvinistes, comptant sur l'article de YÉdit de Janvier qui tolérait leur culte hors des villes, avaient écrit à la compagnie des pasteurs de Genève de leur envoyer des ministres. Calvin, qui de cette nouvelle Rome gouvernait la France protestante, en avait fait partir un certain nombre pour diverses provinces et en particulier pour la Guyenne (3).

(') Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, 3186, p. 62.

(2) Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, 3186, p. 64, et Arch. historiques de la Gironde, t. X, p. 50.

(3) On voit en effet des pasteurs s'établir, dès les premiers mois de l'année 1562, dans beaucoup de localités où l'Évangile n'avait pas encore été prêché, comme à Belin, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bordeaux, et à Beliet, bourg situé à peu de distance. Le 25 lévrier, le Parlement autorise maistre Jacques de Pontac, doyen de l'église métropolitaine Saint-André et prieur de

Ils arrivaient jeunes et pleins d'ardeur, confiants dans les termes de ce fatal article de YÉdit, qui les autorisait à évangéliser les masses dans les campagnes et aux portes des villes. La plupart venaient de terminer leurs études théologiques; leur parole avait cette assurance que donne la jeunesse et la foi. Ces prédicants parlaient avec autorité, car ils se croyaient appelés à une œuvre de régénération, et de fait ils avaient raison. Ils s'adressaient à des populations déjà préparées, pleines d'enthousiasme mystique, et qui n'étaient pas éloignées de se considérer comme le peuple de Dieu. La doctrine, absurde mais habile, de la prédestination les encourageait dans cette idée.

Pendant ce temps, à l'autre bout de la France, à Saverne en Alsace, se jouait une comédie infâme. Les Guises, sentant la partie perdue pour eux et jaloux de l'influence toujours plus grande que prenait Gondé sur l'esprit de la reinemère, essayaient de donner le change aux protestants d'Allemagne.

A la suite d'une longue correspondance échangée depuis un an entre François de Lorraine, duc de Guise, et Christophe, duc de Wurtemberg, prince d'une piété sincère, ce dernier avait enfin consenti à l'entrevue demandée par le héros de Calais ( ').

Belin et Beliet, Je commencer une information contre « ung prétendu ministre de la religien nouvelle, lequel, contrevenant à l'édict du Roy, a presché ès dits lieux de Belin et Beliet contre le gré et consentement dudit prieur ».

C'est au contraire M. de Pontac qui ne respectait pas l'édit royal, puisque cette ordonnance autorisait la prédication et le culte réformé hors des villes. Mais les curés et leurs vicaires, qui retiraient de grosses rentes de leurs paroisses, considéraient les fidèles comme leur propriété. Il est probable que le pasteur dont il s'agit dans ce cas particulier avait été appelé par la population des localités désignées ci-dessus.

Quoi qu'il en soit, le Parlement, dans son arrêt du 25 février, défend à toutes manières de gens, sous les peines les plus sévères, de prêcher ou faire prêcher dans les « bourgs, bourgades et villaiges du ressort de la Cour, contre le gré et consentement des sieurs curés, vicaires et marguilliers des paroisses. » Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 158. En vertu de cet arrêt, YÉdit de Janvier devenait lettre morte.

(') Cette précieuse correspondance, qui éclaire d'une sinistre lueur l'histoire de cette époque, se trouve aux Archives royales de Stuttgart; elle a été publiée par le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français dans îes nos du 15 février, 15 mars, 15 mai et 15 novembre 1875. Elle est accompagnée de notes du plus grand intérêt dues à M. Jules Bonnet.

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