‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 180 sur 310 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Elle eut lieu du 15 au 18 février 1562 et fut le « fallacieux prologue du massacre de Vassy » .

Le but du duc de Guise était de priver les protestants français des secours de l'Allemagne, cette pépinière des reitres et des lansquenets.

Après avoir essayé de semer la division entre les luthériens et les calvinistes, en prêtant à ces derniers des propos ironiques contre les fidèles de la confession d'Augsbourg, François de Guise et le cardinal de Lorraine avaient essayé de faire croire au duc de Wurtemberg qu'ils étaient aussi luthériens que lui. Ce dernier prit Dieu à témoin des déclarations faites par les Guises sous la foi du serment, et les conjura de ne plus persécuter les pauvres chrétiens de France.

Le cardinal et son frère lui donnèrent la main en promettant, sur leur foi de princes et leur salut éternel, « de ne poursuivre ni en public ni en secret les partisans de la nouvelle doctrine. »

Les Lorrains rentrèrent en France; le samedi, dernier jour de février, ils étaient à Joinville, d'où ils se rendirent à Dommartin.

Le lendemain dimanche, 1er mars, François de Guise et le cardinal son frère, accompagnés de plus de deux cents gentilshommes, armés de pistolets et d'arquebuses, traversèrent Bronzeval, à demi-lieue de Vassy.

Étant dans ce village, ils entendirent sonner une cloche et s'informèrent si ce n'était pas là « le presche des Huguenaulx? » Il leur fut répondu que oui.

Le duc, toujours suivi de son frère et d'une partie de ses gentilshommes, fit un détour pour se rendre à Vassy, jurant et blasphémant contre les hérétiques.

Douze cents calvinistes hommes et femmes, confiants dans l'autorisation royale, étaient en effet rassemblés dans une grange où prêchait le pasteur Léonard Morel.

C'est alors que François de Guise et ceux qui le suivaient mirent l'épée à la main et se ruèrent furieux, en frappant d'estoc et de taille, sur ces malheureux sans défense.

Ceux qui cherchaient à se sauver, par le toit de la grande ou autrement, étaient tués à coups d'arquebuse.

Soixantre-treize réformés, hommes ou femmes, lurent frappés à mort et plus de cent hlessés grièvement, y compris le pasteur.

Le duc, dans le récit mensonger qu'il fit de cet « accident » — le mot est de lui — n'avoue que vingt-cinq ou trente tués et plus grand nombre de hlessés. Il écrivit au duc de Wurtemberg pour lui donner le change; mais ses efforts furenl inutiles ; son honneur de soldat reçut dans cet abominahle massacre une mortelle atteinte.

Si nous avons mentionné, le plus succinctement possible, ce sinistre épisode de la Réformation qui se passa si loin de la Guyenne, c'est qu'il eut en Europe un immense retentissement et qu'il est en quelque sorte la clé des événements qui vont suivre, et l'une des causes qui influèrent sur les décisions du prince de Gondé.

C'est dans les papiers d'Etat conservés à Londres, au Record Office, qu'il faut étudier L'histoire de cette période qui précède immédiatement la première guerre civile, mais tout particulièrement dans la correspondance échangée entre Trockmorton, ambassadeur d'Angleterre, d'une part avec la reine Élisabeth, de l'autre avec M. de Cecil, secrétaire d'État (').

Quinze jours après le massacre de Vassy, François de Lorraine entrait à Paris, suivi de 1,500 gentilhommes; il se croisa rue Saint -Honoré avec le prince de Condé, qui revenait du prêche escorté par 500 cavaliers. Les deux chefs de parti, qui n'allaient pas tarder à se rencontrer sur les champs de bataille, échangèrent un salut (2) (17 mars).

Cependant la nouvelle du massacre ordonné par le duc

(!) Ces documents, si précieux pour l'histoire de cette époque agitée, onl été analysés de la manière la plus parfaite par M. Gustave Masson, dans le Bulletin du protestantisme français, années 18G9 et 1875. Déjà M. le duc d'Aumale en avait publié une bonne partie, avec la traduction en regard, dans son Histoire des princes de Condé, t. Ier (pièces et documents).

Ç2) Histoire des princes de Condé pendant les ,\Ti! et XVIIe siècles, par M. le duc d'Aumale, t. I", p. 121.

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