CHAPITRE XXIII
commençait à se répandre partout. Elle produisit en Guyenne une sensation très vive et tout d'abord une sorte de consternation. Ce n'était pourtant que la deuxième édition des infâmes tueries de Gahors et de Grenade; mais le grand nom du duc de Guise donnait au crime de Vassy une exceptionnelle gravité.
Ce premier moment de stupeur une fois dissipé, chacun s'arma pour sa défense, et, pour être juste, il faut convenir que ce sentiment de conservation personnelle était bien naturel.
C'est à ce moment précis qu'éclate le génie de Calvin. La merveilleuse et démocratique organisation donnée par lui aux Églises de France fonctionne avec une perfection et une rapidité telles que, malgré la préméditation des catholiques, les calvinistes se trouvèrent prêts aussitôt qu'eux.
« Quand je considère ce qu'ont fait en France les protestants, écrit M. de Meaux, j'admire d'abord leur petit nombre (1). »
Ce nombre, quel était-il? La plupart des historiens admettent qu'il représentait à peu près le dixième de la France, de deux à trois millions de calvinistes répartis en deux mille deux cent cinquante Églises, nombre indiqué par leurs députés dans un document signé par eux, dont nous avons déjà parlé.
« Qu'on élève autant qu'on voudra le chiffre des protestants, dit le même écrivain, il demeurera incontestable qu'ils ne formèrent jamais parmi nous qu'une minorité faible par le nombre, et cette minorité a tenu en échec peuple et roi, balancé longtemps la fortune de la France et fait respecter enfin la liberté de sa foi. D'où lui est donc venue sa force? Comment a -t- elle pu combattre et conquérir droit de cité dans l'État? (2) »
Un autre écrivain, dont il faut admirer la remarquable
(') Les Lutles religieuses en France au seizième siècle, par M. le vicomte de Meaux, Paris I87«J, p. 105.
(2) Hem, ibidem, p. 100.
lucidité, M. Auguste Laugel, s'est chargé de répondre à l'historien catholique.
« La minorité huguenote était servie pur trois forces puissantes, et d'ahord par l'organisation des Églises, qui lui permettait de couvrir le pays de foyers de propagande toujours actifs, lumières qui pouvaient à volonté s'éclipser ou luire d'un vif éclat, qui attiraient toutes les âmes passionnées, toutes celles qui voulaient sortir de la nuit, de la tradition et de l'obéissance; elle l'était aussi par la théologie de Calvin, qui semblait marquer tous les adeptes de la nouvelle foi du sceau de la prédestination et qui créait un peuple d'élection au milieu des réprouvés, un nouveau peuple juif destiné à triompher des Gentils... Enfin, leur cause, pour être soutenue par le petit nombre, avait l'avantage d'avoir été emhrassée par la partie la plus aristocratique de la nation. Chaque Église avait été fondée par un grand ou demeurait sous sa protection. Les seigneurs se faisaient une arme des Églises, et les Églises prolitaient de tout ce qui restait encore à la nohlesse française d'indépendance et de force (*). »
Pour ne parler que de celles de la Guyenne, de l'Angoumois et du Poitou, il suffira de citer les noms de quelques-uns des seigneurs dont le concours était assuré, dès les premiers mois de 4562, au parti de la Réforme.
Et d'ahord Symphorien de Durfort, duc de Duras, colonel des légionnaires de Guyenne.
Jean de Parthenay, seigneur de Souhise, auquel Charles IX venait d'envoyer le collier de Saint-Michel par M. de Burie. Il fut un des premiers à rejoindre à Paris le prince de Condé.
Antoine, comte de Gramont et de Guiche, chargé du commandement d'un corps d'auxiliaires gascons.
Guy de Chabot, seigneur de Jarnac, gouverneur de La Rochelle, celui-là même qui tua La Châtaigneraie dans un
(!) La Reforme au seizième siècle, études et portraits par M. Auguste Laugel. Les guerres de religion, p. 287.