CHAPITRE XXIV
Rigueur du parlement île Bordeaux. — Arrestation de Mathieu Lebrelou, chevalier du guet — Arrêts du 1(i mars 15(V>. — Défense d'imprimer ou île mettre en vente des libelles diffamatoires. — Prédications calvinistes à Maeau en Médoc. — Ordre à l'abbé de Sainte-Croix de commencer une enquête à ce sujet. — La réforme à Gastillon et dans la chàtellenie de Puynormand. — Requête do François de Gontauld, abbé de Faise. — Défense à Moïse Ghasteigner, pasteur a Gastillon, de célébrer la Cène à Puynormand et de prêcher dans les localités voisines. — Prohibition du port d'armes à feu ou d'armes blanches. — Défenses aux pasteurs de Bordeaux do tenir des consistoires sans l'autorisation et la présence des olliciers du roi. — Nouvelles politiques. — La reine-mère entraîne Charles IX à Fontainebleau. — Guise, suivi de ses alliés avec 4,0UU chevaux, marche sur cette ville. — Enlèvement du roi. — Prise d'Orléans par Coudé. — Il adresse un appel aux '2, 500 Églises réformées. — Monluc et Burie reçoivent à Villefranche-dc-Rouergue la nouvelle de la prise d'Orléans. — Ils se séparent pour sauver Toulouse et Bjrdeaux. — Redoublement de rigueur du parlement de Guyenne. — Arrêts et condamnations (mars et avril 1562).
Pendant qu'à l'autre extrémité de la France les malheureux calvinistes de Vassy tombaient sous les coups des gens de François de Guise, le parlement de Bordeaux prenait contre ceux de la Guyenne des mesures de rigueur.
Le 3 mars 15G2, le premier président Lagebàton fait appeler le maire, Antoine de Noailles, et lui demande quelles sont les forces dont il pourrait disposer pour contenir le peuple en cas d'événement.
Celui-cirépond que, d'après les rôles dressés aux dernières « montres » ou revues d'appel, Bordeaux et la sénéchaussée fourniraient au besoin trente mille hommes en armes.
Après quoi, la Cour lui donne l'ordre de faire arrêter le chevalier du guet, Mathieu Le Breton, dont nous avons raconté succinctement la conversion (*), et de pourvoir à son remplacement. On redoutait l'influence de cet officier sur les archers du guet (2).
(1) Voyez chapitre XX, page '287.
(2) Biblioth. municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, uns. 3G7.
3()i HISTOIRE DE LA RÉFORMATION.
La nouvelle des événements de Vassy étant enfin parvenue à Bordeaux, le Parlement, encouragé par cet acte criminel et redoutant d'ailleurs l'approche des l'êtes de Pâques (*), rend le 26 mars, contre les calvinistes, une série d'arrêts de la plus grande sévérité.
Il s'empare de l'Édit de janvier, l'interprète à sa façon et s'en sert comme d'une arme terrible.
D'une manière générale, il détend, sous peine de mort, « à toute manière de yens de quelque estât, qualité ou condition qu'ils soient, de contrevenir aux édits du Roy et mesme à celui du xvn janvier. »
Il leur ordonne de « se départir des temples et églises » usurpés par eux, « mesmes des biens et revenus appartenant aux ecclésiastiques, » enfin « de rendre et restituer ce qu'ils ont pris des reliquaires et ornements » sacerdotaux.
11 leur interdit d'avoir « aulcuns temples dedans ou dehors les villes ni d'en édifier ».
Il leur prescrit « de garder et d'observer les lois politiques du royaulme », en particulier pour ce qui concerne l'interruption du travail aux jours de fêtes.
Il leur réitère « inhibitions et défenses de s'assembler dans les villes pour y faire presches ou prédications, soit en public ou en privé, de jour ni de nuict ».
Il leur défend de porter des armes prohibées; de s'injurier ou « de se provocquer les uns les autres pour le faict de la religion » ; de recéler ou de cacher dans leurs demeures des gens accusés, poursuivis ou condamnés pour sédition.
Enfin, comme les huguenots exaspérés avaient protesté contre le massacre de Vassy par un grand nombre d'écrits dont ils inondaient la France et même les pays limitrophes,
(*) En 1562, Pâques tomba le 1er ou le 2 avril. Ce fut, comme on sait, en 1564 que Charles IX ordonna, par un édit donné au château de Roussillon en Dauphiné, que l'année commencerait désormais le 1er janvier; cet édit ne fut enregistré au parlement de Paris que le 19 décembre.
Le premier jour de janvier suivant, le roi et la grande chancellerie comptèrent 1565, mais le Parlement continua de fixer à Pâques l'ouverture de l'année. Pour lui, 15G0 ne commença que le 14 avril. Ce fut seulement au 1er janvier suivant que dans toute la Fiance on compta 1507.