‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 184 sur 310 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

le Parlement défend d'une manière absolue « à tous imprimeurs, vendeurs et semeurs de placartz ou libelles diffamatoires, d'en imprimer, vendre ou exposer en vente » .

Pour ce qui est des morts, ils ne seront dans aucun cas enterrés par les «ministres de la religion nouvelle», mais bien par les curés et leurs vicaires, sans rétribution, et d'après les rites de l'Église romaine (1).

Un dernier paragraphe portait que cette ordonnance serait publiée à son de trompe par les huissiers de la Cour et tout particulièrement à Macau, en Médoc (2), où se manifestait depuis quelques jours une grande agitation populaire.

Un arrêt spécial portant la môme date concerne en effet cette localité :

« La Cour, y est-il dit , advertie de plusieurs excès, » scandales et contraventions faictes contre les édits du Roy » par certains habitants de Macau, ordonne à l'abbé de » Sainte-Croix, seigneur temporel et spirituel du dit lieu, » de commencer une enquête et de faire publier dans cette localité l'édit royal du 17 janvier (3).

Dans l'Entre -Dordogne, division territoriale placée tout entière sous la domination des vicomtes de Castillon, régnait également une grande effervescence. A Castillon, petite ville où prêchait le pasteur Moïse Chasteigner, des troubles avaient eu lieu le dimanche précédent, suscités par l'arrivée et les déclamations de quelques huguenots venus des environs.

La châtellenie de Puynormand, qui relève aussi du seigneur de Castillon, comprend vingt-trois paroisses (-*), parmi lesquelles Lussac, Faise et Puynormand. Une forteresse

(') Macau, commune du canton de Blanquefort, à 22 kilomètres de Bordeaux.

(2) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des . arrêts, portef. 151. Arrêt du 23 lévrier.

(3) Idem, ibidem. Arrêt du 20 mars.

(*) Puynormand, Saint-Médard-de-Guizières, Cainps, Saint-Seurin, Cours, Saint-Sauveur, Saint-Pierre-du-Palais, Gornemps, Tayac, Francs, Lussac et Faise, Monbadon, Saint-Cibard, Montagne, Saint- Georges, Puisseguin, Parsac, Neac, Saint-Denis-de-Pile, Les Billaux, Lalande, Laubardemont et Sablon. Des grédications faites par Moïse Chasteigner avaient eu lieu dans la plupart de ces localités.

autrefois inexpugnable et dont on voit encore les restes couronne le mamelon de Puy-Normand, qui par son nom conserve encore le souvenir des cruelles incursions danoises.

Dans le bourg qui s'abrite à l'ombre du vieux manoir féodal, une Église calviniste s'était récemment constituée; les membres du Consistoire et les diacres avaient été régulièrement élus, mais les fidèles manquaient de pasteur.

Jehan Vidault, dit Fontpeyre, l'un des diacres de la nouvelle Église, et le notaire de la juridiction nommé Pierre Maupille, s'étaient rendus à Castillon, où ils avaient obtenu du pasteur Chasteigner la promesse formelle qu'il viendrait le dimanche ou le lundi de Pâques prêcher à Puynormand et célébrer la Cène « à la mode de Genève » (').

Malheureusement pour eux, l'abbé de Faise, François de Gontaud, seigneur de Saint-Geniès, n'était pas de cet avis. Interprétant à sa façon l'Édit de janvier, il se prétendait en droit d'interdire la célébration du culte calviniste.

Furieux de cette menace, un certain nombre de huguenots formèrent alors le projet de se rendre en armes à Castillon pour escorter le pasteur Chasteigner. Les plus exaltés se vantèrent qu'ils abattraient les croix sur leur chemin et saccageraient l'abbaye de Faise (2).

François de Gontaud, craignant pour sa vie, se hâta d'adresser une requête au Parlement.

La Cour, prenant fait et cause pour l'abbé, défendit au pasteur Moïse Chasteigner de prêcher à Puynormand et d'y célébrer la Cène « aultrement qu'à la mode romaine » (3).

Elle expédia l'un de ses huissiers, Mathurin Fort, à Castillon, où déjà s'était rendu l'évêque de Bazas, et lui prescrivit de commencer une information judiciaire.

(4) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 151. « Requête de François de Gontauld, abbé de Feyze. »

(2) Les ruines de l'abbaye existent encore; sa construction remontait au douzième siècle. M. Guinodie, dans son Histoire de Libourne et autres villes et bourgs de son arrondissement, cite François de Gontaud comme 31e abbé de Faise, de 1572 à 1578. On voit qu'il faut reculer de dix ans, au moins, la première de ces deux dates.

(3) Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement : Minutes des arrêts, portef. 151.

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