CHAPITRE XXIV
avec ('/vil, secrétaire d'Etal de la reine d'Angleterre, pour en obtenir des secours (').
Grâce à leur admirable organisation, les calvinistes se levèrent comme un seul homme. Antoine de Gramont rejoignit le prince avec 1,000 Gascons; Soubise, Symphorien de Durfort, La Rochefoucault, Agrippa d'Aubigné, François Du Fou, baron de Vigean, Armand de Clermont, baron de Pilt^s en Périgord, accoururent à l'appel de Condé; le mois d'avril n'étail pas terminé que, soit par la force, soit par connivence des autorités, ils occupaient Dieppe, Le Havre, Rouen, Caen, Le Mans, Rlois, Tours, Orléans, Poitiers, Bourges et Lyon. En Gascogne, en Languedoc, en Daupbiné la lutte était commencée.
Cependant, Compaing et Girard, commissaires nommés par le roi, s'étaient rendus à Cahors pour juger les meurtriers des calvinistes assassinés pendant le prêche. Déjà quatorze de ces misérables avaient été condamnés et publiquement exécutés (2). La justice suivait son cours, mais elle avait à frapper des tètes plus élevées, lorsque Burie et Mon lue firent leur entrée dans la ville, où régnait la plus grande agitation.
M. de Cardaillac, gentilhomme allié aux meilleures maisons de la province, venait d'être condamné à mort et la ville frappée d'une imposition de 40,000 écus d'or; mais Monluc s'opposa de sa propre autorité à l'exécution du jugement.
11 apostropha les commissaires royaux, les insulta grossièrement, et, portant la main à son épée, les eût tués sans l'intervention de M. de Burie, qui leur fit signe de s'esquiver (3).
Monluc obtint de Burie qu'il écrivît au parlement de Bordeaux pour réclamer l'envoi de deux conseillers, qui partirent
(!) Arch. de l'Échiqcier, à Londres : Press Saint-John, marked K, shelf 5, n° 1 : Quittance des sommes fournies à Gaspard de Coligny, amiral de France, par l'ambassadeur Trokmorton au nom de la reine d'Angleterre, 15 niai s 1501'. (Document publié par M. Jules Delpit.)
(-) i.-A. De Thgu, Histoire universelle, t. III, p. 287.
(3) Idem, ibidem, et Conunenlaïres de Monluc, p. 'iiili.
sur-le-champ : c'étaient MM. de Ferron et d'Alesme l'aîné, hommes d'une grande valeur et jurisconsultes éminents.
Tous ensemble, y compris les nouveaux venus qui portaient à quatre le nombre des commissaires de robe longue, se dirigèrent sur Villefranche de Rouergue, d'après la demande du cardinal d'Armagnac (/).
M. de Burie n'avait sous la main que sa compagnie et celle de Monluc ; mais ayant entendu dire que les huguenots s'assemblaient, il fit immédiatement venir celles de MM. de Randan (2), de Lavauguyon, de Jarnac et de Termes.
Disons une fois pour toutes que le mot de compagnie s'appliquait plus généralement à la cavalerie, et celui de bande à l'infanterie.
La grosse cavalerie, répartie dans tout le royaume en compagnies d'ordonnance, s'appelait, comme on sait, gendarmerie.
Les argoulets formaient des corps de cavalerie légère.
On nommait enseigne le drapeau d'une bande d'infanterie, cornette celui d'une compagnie légère, et guidon celui de la gendarmerie.
Par extension, ces trois mots étaient employés pour désigner les officiers qui portaient ces drapeaux ou la troupe qui les suivait.
Les conseillers au parlement de Bordeaux, MM. de Ferron et d'Alesme, réunis aux commissaires royaux, commencèrent le procès des huguenots [reconnus coupables d'avoir dévasté les églises. L'affaire traînait en longueur, par le mauvais vouloir de Compaing et de Girard, qui « n'alloient point franchement en besogne», étant secrètement coreligionnaires des accusés ; Monluc, dont la nature violente reprenait toujours le dessus, donna l'ordre à ses deux bourreaux de
(!) Georges d'Armagnac, évèque de Rodez, né en 1500 ou 1501. Voir ses Lettres inédites publiées avec une introduction et des notes par M. Tamizey de Larroque. Paris et Bordeaux, -1874. Voyez dans le tome IV des Archives historiques de la Gironde, page 381, la lettre écrite à Charles IX par Burie et Monluc, le 13 mars 1562.
(*) La compagnie de Randan était celle de Jean-Louis de la Rocliefoucault comte de Randan, gouverneur d'Auvergne.