‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 187 sur 310 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

pendre les coupables aux fenêtres de la maison de ville. Ce qui fui fait « en moins d'un quart d'heure », sans autre forme de procès.

Comme les commissaires royaux exprimaient à M. de Burie leur indignation, Monluc les menaça de leur faire subir le même sort. « L'on fait bruit que Monsieur le prince de Condé a pris les armes et s'est saisi d'Orléans : si cela est vray, leur disait-il, n'espérez autre chose, sinon que je vous tiendray ce que je vous ai promis »

Le bruit de la prise d'Orléans commençait en effet à se répandre à Villefranche ; ce n'était encore qu'une vague rumeur. Deux heures après, la nouvelle certaine en fut apportée par Rance, secrétaire du roi de Navarre.

Monluc, furieux, voulait faire pendre du même coup Rance, Compaing et Girard; mais avertis par M. de Burie, qui commençait à connaître le tempérament sanguin de son compagnon de route, ils avaient sagement détalé.

Suivis des six compagnies de gens d'armes désignées plus haut, les deux capitaines se dirigèrent alors vers Monlauban pour se jeter dans la place; mais à moitié chemin ils furent avertis que la ville était révoltée. Bs tournèrent bride, et des avis secrets les ayant informés qu'Agen était entre les mains des calvinistes, ils entrèrent en Agenais.

Le cadet de Chanterac, gentilhomme du Périgord, prévenu de l'absence du sénéchal d'Agenais, Rafrn Poton, venait en effet de s'emparer d'Agen. Déjà Port -Sainte -Marie, Lectoure, Nérac, Marmande, Bergerac étaient aux mains des huguenots.

Il fallait prendre un parti et le prendre au plus vite. Burie et Monluc venaient d'arriver à Gallapian, village situé près de Sainte-Marie, où ils apprirent les nouvelles les plus désastreuses pour l'autorité royale. De Cucq, gentilhomme calviniste, venait de s'emparer de Penne ; Villeneuve-d'Agen était aux mains de Teissonnat.

De Burie et Monluc se séparèrent. Le point essentiel était de

(') Monluc, Commentaires, p. 2J38.

sauver Toulouse et Bordeaux, capitales de Ja Haute et de Ifl Basse-Guyenne. Jïiu io résolut de se jeter dans cette dernière ville avec quatre compagnies de gens d'armes, taudis que Moulue avec- sa compagnie, celle du maréchal cl celle du roi de Navarre, qui occupait Condom, traverserai! la Garonne pour occuper le plat pays entre Toulouse et Beaumont de Lomagnc.

Il est certain que si à cette époque Bordeaux eût été attaqué par les huguenots, la ville eût été emportée par eux presque sans coup férir.

Au moment de se séparer, les deux lieutenants du roi reçurent, par l'entremise du capitaine Sainte-Gème, des lettres de Charles IX, auquel la nouvelle du soulèvement de la Guyenne n'était pas encore parvenue.

Le jeune roi suppliai! Monluc de venir le rejoindre en toute hâte avec sa compagnie et celle du maréchal de Termes. En outre, il lui ordonnait de lever sur-le-champ six enseignes de gens de pied dont il choisirait lui-même les capitaines.

Les commissions signées de Charles IX étaient jointes à sa lettre; Monluc donna deux de ces blanc-seings au capitaine Charry, deux à Bazordan, une à son neveu, le baron de Clermont, et la dernière au capitaine Aorne (').

La nohlesse catholique de Guyenne s'était groupée autour de Monluc et le suppliait de ne pas quitter la contrée, ce dont il profita pour expédier au roi l'un de ses officiers, afin d'expliquer à Sa Majesté comment il lui était impossihle de se rendre à ses ordres.

En quittant Monluc, Burie marcha sur Tonneins avec ses quatre compagnies. Il trouva dans cette ville François Nompar de Caumont et Symphorien de Durfort, duc de Duras, colonel des légionnaires de Guyenne, auxquels les Églises réformées avaient offert le commandement en chef(2).

(!) Monluc, Commentaires, p. 238.

(2) François Nompar de Caumont était le fils aine de Charles de Caumont et de Jeanne de Périisse d'Escars; il mourut dans le courant de cette même année 1562. Son frère portait comme lui le prénom de François.

Symphorien de Durfort était le second fils de noble et puissant seigneur Jean de Durfort et de Jeanne Angevin.

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