‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 188 sur 310 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

M. de Caumont refusa formellement ce dangereux honneur. M. de Duras le repoussait aussi, mais si l'on en croit Moulue, « il dut céder à la persuasion d'un personnage plus grand que luy. » Il s'agit, on le comprend, du prince de Coudé.

Tous deux essayèrent de gagner Burie à la cause calviniste; « mais, dit Monluc, il estoit trop homme de bien. »

Charles de Coucy, recevant de mauvaises nouvelles de la Saintonge, dirigea sur cette contrée les quatre compagnies de gens d'armes dont il disposait, ne conservant pour sa garde que vingt-cinq arquebusiers, avec lesquels il vint à Bordeaux.

Monluc, qui le blâme d'avoir commis cette imprudence, oublie que le Parlement de cette ville venait de lever à ses frais une compagnie de cent soldats, à la date du 8 avril, comme le prouve le document ci-dessous :

« Ce jourdhuy la Court, pour le service du Roy et obvier » à toutes séditions et esmotions qui se pourroient engendrer, » et contenir le peuple en l'obéyssance qu'il doibt au Roy et » à sa justice et pourveoir aux pilleries, meurtres et saccage- » mens qui se pourroient ensuivre, et vu l'éminent péril qui

» est de présent en ceste ville a arresté, conclud et

» ordonné que les officiers du Roy en icelle, ceulx du siège » de Guyenne, de la Chancellerie et aultres souldoyeront » pour ung mois, sans tirer à conséquence, cent soldatz pour » la garde et asseurance de la ville.

» Lesquels le sieur de Noailles, comme estant de sa charge, » lèvera, choisira et pourveoira de cappitaine, homme de » bien et vaillant, pour iceulx conduire et commander... ('). » (8 avril 1562, après Pâques).

Les Registres secrets portent même que M. de Noailles fut, ce jour-là, chargé de lever trois cents hommes, dont le tiers devait être soldé comme il vient d'être dit (2).

O Arch. départementales de la Gironde, série B, Parlement: Minutes des arrêts, portof. 159.

(3) Bibliothèque municipale de Bordeaux : Extrait des registres secrets, ms. 367.

Pendant que Condé, malgré les conseils de Coligny, gaspillait son temps à négocier avec la reine-mère (*) et avec son frère, le roi de Navarre, auquel les triumvirs avaient fait la leçon (2), le parlement de Bordeaux, comme on le voit, ne perdait pas le sien; il déployait contre les calvinistes une excessive sévérité.

C'est ainsi qu'il lit mettre à la torture et fouetter jusqu'à effusion de sang quelques artisans, armuriers, gainiers et ceinturonniers, coupables d'une faute relativement assez légère.

A droite de la montée du Chapeau- Rouge, au delà des Piliers-de-Tutelle, se trouvait, devant le monastère de la Petite-Observance, une place où quelques artisans avaient coutume de se réunir, après leur travail, pour jouer au « jeu de courte-boule » .

Un moine franciscain, nommé Guirault Terrible, ayant voulu défendre à quelques jeunes armuriers de prendre ce délassement un jour de fête, fut grossièrement insulté par eux.

Arrêtés et mis à la torture par le prévôt royal de l'Ombrière, ils en appelèrent au Parlement. Mais la Cour, sans avoir « aucunement esgard à la jeunesse des prévenus », condamna Macé Ricault, Simon Leduc et Louis Queuhefort « à faire amende honorable au parquet de l'audiance, un jour de plaid; et illec, en chemise, testes et pieds nus, ayant la hart au col et en leurs mains chacun une torche de cire ardente, demander pardon à Dieu, au Roy et à Justice; et après estre batuz et fustigés jusques à effusion de sang par les lieux accoustumés de ceste ville de Rourdeaulx et le long de la grand'rue du Château-Trompette, jusques et au-devant le grand portail du petit couvent de l'Observance, où les prévenus feront semblable amende honorable et, ce fait, les bannit à perpétuité du ressort de la Cour, leur enjoignant de

(!) Entrevues de Thoury, de Talsy, du Port-l'Anglais et du moulin Saint- Marceau.

(2) Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg : Lettres inédites du cardinal de Lorraine au roi de Navarre, à la reine-mère, etc.

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