‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 193 sur 310 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Fâcheuse situation du prince de Condô. — Il renvoie dans les provinces une partie de ses troupes. — M. de Duras ou Guyenne. — Moulue pacifie Auch et accourt au secours de Toulouse. — Concentration dos troupes calvinistes à La Grnssy. — Siège de La Réole. — François de Pellegrue et Charles de Gauthier sont tués à Fontet (20 mai 1562). — Tentative infructueuse des huguenots pour s'emparer par surprise du Château-Trompette à Bordeaux ('26 juin). — Duras, avec six gabarres chargées de troupes, se dirige vers cette ville. — Il fait prisonnier le comte de Candale et l'envoie sous escorte à Jeanne d'Albret. — Arrêts du parlement do Bordeaux (fin juin). — Prise de Saint -Macairo par Duras. — Pillage de la ville par les troupes calvinistes. — Armand de Clermont s'empare de Bourg-sur-Girondc. — M. do Burie réclame le secours do Moulue. — Marche de ce dernier sur Bordeaux. — Conseil de guerre tenu dans cotte ville. — Combat de Targon en Beuauges. — Victoire de Monluc. — Burie arrive après la bataille. — Conséquences de la défaite des Huguenots.

La situation du prince de Condé était des plus fâcheuses. Il occupait toujours Orléans, mais ses troupes inactives l'abandonnaient successivement. Les calvinistes avaient dû leurs premiers succès à leur audace et à la rapidité de leur attaque; depuis cette époque, les choses avaient bien changé de face.

L'argent manquait; les soldats, à bout de patience, s'en retournaient chez eux par petits groupes. L'armée royale, au contraire, bien soldée (*), bien entretenue, grossissait chaque jour; elle venait de recevoir de Suisse et d'Allemagne des renforts importants.

Dans l'impossibilité de tenter aucune opération sérieuse, Condé licencia ses troupes. Soubise fut envoyé à Lyon, Mongonmery gagna la Normandie, La Rochefoucault partit pour Angoulème et Symphorien de Durfort pour la Guyenne.

(') Des lettres-patentes do Charles IX du 15 mais 1562, que j'ai sous les yeux, portent que les députés du clergé réunis à Paris s'étaient engagés à lui fournir pendant six années, commençant le 1er janvier 1562, la somme annuelle de seize cent mille livres tournois. (Arch. départementales de la Gironde, série G, Archevêché, n° 42 : Dons gratuits et décimes.)

Les protestants y tenaient toutes les villes, sauf Bordeaux, La Réole et Condom qui s'était soulevé deux fois, mais que gardait la compagnie de gens d'armes du capitaine Arné.

Mordue, qui n'était pas encore lieutenant du roi et n'avait que le commandement de sa compagnie, n'en était pas moins l'homme de la situation. C'est vers lui que se tournaient tous les regards, ceux des catholiques pour le supplier de venir à leur aide, ceux des protestants pour surveiller ses mouvements.

Il est triste de penser qu'un tel homme, doué du courage le plus éclatant, des qualités supérieures particulières aux hons capitaines et de celles non moins précieuses des grands écrivains, ait été en même temps un vantard, un concussionnaire et un traître, comme l'établissent de la manière la plus indubitable les documents originaux découverts de différents côtés (1).

Appelé par le premier président Daffis au secours de Toulouse, il n'hésite pas un instant. Déjà l'artillerie et l'Hôtel de Ville sont entre les mains des protestants ; le bruit se répand que ceux de Montauban accourent pour leur donner la main.

Monluc donne l'ordre à quatre de ses capitaines, MM. de Bellegarde, Gharry, Masses et Gondrin, de marcher de nuit et de jour pour se jeter dans la place. A Terride il prescrit de se placer entre Toulouse et Montauban, et d'arrêter à tout prix les secours annoncés de cette dernière ville.

Il se réserve la mission de pacifier Auch en Condomois, ce qu'il fait en vingt-quatre heures et, précipitant sa marche, arrive assez à temps sous les murs de Toulouse pour mettre fin, par l'effroi que cause la nouvelle de son approche, à la

(!) Citons en première ligne les documents, jusqu'alors inédits, cités par M. Forneron dans sa belle Histoire de Philippe II (Paris 1882, 2 vol. in-8°) et tout particulièrement les chapitres du tome 1er consacrés à la trahison de Monluc qui correspondait directement avec le roi d'Espagne. Voir aussi les lettres de l'auteur des Commentaires découvertes aux Archives départementales de la Gironde et dont nous donnerons des extraits dans la seconde partie de cet ouvrage.

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